Sénégal : Grande mobilisation ce vendredi : opposition, syndicalistes, personnalités indépendantes…, tous investissent les rues

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Le Font national pour la Résistance va investir les rues de la capitale, ce vendredi 13 juillet. Il s’agit d’une grande mobilisation convoquée par quelques 48 partis politiques auxquels se sont joints des syndicalistes, des acteurs de la société civile, des personnalités indépendantes. Annoncée depuis quelques temps, les leaders de l’opposition et leurs partenaires,  ont confirmé ce projet, mercredi, à la faveur d’une conférence de presse tenue au siège de Bokk Guis-Guis, à Dakar.

La question qui restait entière était celle de savoir si   l’autorité autoriserait cette marche ou non  parce que depuis 2012, sous le  prétendu « trouble à l’ordre public», maintes manifestations, que ce soit de l’opposition, de la société civile ou de syndicats ont été interdites. Et d’interdiction en interdiction, on  en est arrivé à penser qu’en fin de compte, l’interdiction de marches, au Sénégal, est devenue une règle tandis que l’autorisation est l’exception. L’exact contraire de ce qui devrait être.  Mais ce soir l’on appris que cette marche a été bel et bien autorisée. Ce qui  parait une bonne décision de la part des autorités.

Pour sûr, l’opposition et ses amis de la société civile avaient promis qu’ils n’avaient nullement l’intention de renoncer même si la marche était interdite. Toutes les démarches administratives afférentes ont été faites.

Cette grande mobilisation vise à dénoncer une kyrielle de choses à savoir : la pénurie d’eau, d’essence, de sang, la loi sur le parrainage d’une part. D’autre part, son but est d’exiger une élection transparente en 2019, la libération du maire de Dakar et l’autorisation de l’inscription de Karim Wade sur les listes électorales. Composée d’organisations hétéroclites, cette manifestation qui va, sans doute, drainer les foules sera le point de mire de la presse nationale et internationale. Tout compte fait, c’est un exercice démocratique normal dans un pays démocratique normal comme le Sénégal, qui n’est pas en état d’urgence.

Ce qui une fois de plus ne serait pas une bonne idée. Ce serait comme d’habitude une mauvaise option. Parce que plus on interdit ou  qu’on réprime, plus on cristallise les attentions et ça devient médiatiquement plus intéressant… malheureusement. On a vu parfois des manifestations interdites sans raisons valables et vraisemblablement les manifestations interdites ou réprimées semblent faire plus d’impact. Le pouvoir ferait mieux de laisser les manifestants se défouler; puisqu’il s’agit, à priori,  d’une marche pacifique.

Il y a la colère dans le pays parce que plus d’un Sénégalais se retrouvera dans au moins l’une des raisons pour lesquelles les gens veulent manifester. Si les uns vont répondre à la mobilisation parce qu’ils manquent d’eau, d’autre sortiront parce que l’essence manquent, d’autres sortiront parce qu’il y a des problèmes insolubles dans leurs secteurs d’activités comme l’éducation, la santé… Donc ce n’est pas une marche de l’opposition stricto sensu.

Mais véritablement, c’est le Sénégalais ordinaire qui va sortir demain pour exprimer son essoufflement quant à la marche du pays. Sous ce rapport pour que le pays soit en paix, il vaut mieux encadrer tout simplement cette marche et laisser les gens dire ce qu’ils ont sur le cœur parce que monde entier aura les yeux rivés sur le Sénégal. Les grands médias internationaux sont fortement représentés ici. Et les représentants de pays étrangers indépendamment des ambassadeurs ont de plus en plus des agents qui tâtent le pouls d’un pays pour rendre compte à leurs Etats.   Sénégal, pays démocratique, qu’il le reste car cela est  dans l’intérêt même du pouvoir. Interdire cette marche est signe de peur et de frilosité et cela n’honore pas le gouvernement.

Le palmarès des interdictions

Dans un  article publié sur imapct.sn, Abdoulaye Mbow nous rafraîchi la mémoire sur le chapelet d’interdiction de manifestation sous le régime de Macky Sall. L’auteur rappelle notamment que durant toute la procédure du dossier Karim Wade pour enrichissement illicite, les marches ont été souvent interdites et quand les initiateurs s’entêtaient, ont leur faisait leur fête. « Pendant tout le temps de la procédure judiciaire contre Karim Wade à propos de la traque des biens supposés mal acquis, les manifestations ont été soit interdites soit réprimées, l’autorisation ayant toujours été l’exception. Que dire de cette manifestation du Front patriotique pour la défense de la République (Fpdr) interdite et qui avait poussé Me Wade à forcer le barrage de la police ? »

Le 19 août 2015 quelques leaders de partis tandis ont été arrêtés tandis que d’autres avaient été transportés à l’hôpital. Toujours la même ligne, le 14 octobre 2016, la marche de Manko Wattù Senegaal avait été interdite. De ce fait, elle a été rudement réprimée par les forces de l’ordre. Mais le régime n’a pas dans son viseur que des adversaires politiques. Tous sont logés à la même enseigne sur ce plan.

Que ce soit des organisations de la société civile ou encore des syndicats d’enseignants, des médecins, des travailleurs de la poste…, on leur a opposé l’interdiction ou la restriction (qui peut-être est justifiée), mais à force d’interdire ou de réprimer le doute est permis.

Il faut même remonter à plus loin, l’année d’après l’installation du pouvoir, en 2013 déjà, la marche du Regroupement des diplômés sans-emplois (Rdses) du 18 février 2013 (avait été interdite le jour même de la marche sans notification) ; ainsi que  la marche du Pds du 23 avril 2013 (avec restriction sur l’itinéraire), du défilé de la Coalition Nationale pour l’Emploi du 1er mai 2013 (réduction du trajet, changement d’itinéraire, sans notification).

Pour que nul n’en ignore et d’ailleurs nul n’est censé ignorer la loi, c’est la constitution du Sénégal à son article 9 qui stipule que : «toute atteinte aux libertés et toute entrave volontaire à l’exercice d’une liberté sont punies par la loi».

Par Noël SAMBOU

Source : SeneNews.com

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