Sport

Scandale sexuel à la fédération de karaté: le président épinglé dans un sale rapport

« Une fois il a fermé la porte de sa chambre, a retiré son pantalon et a
commencé à se masturber devant moi en me suppliant de ne pas le laisser dans cet état d’excitation. Il a éjaculé ». Ce témoignage d’une karatéka risque de faire trembler dans les prochains jours le monde du sport camerounais.

Dans une série de témoignages, plusieurs athlètes de la fédération camerounaise de Karaté révèlent avoir été victimes d’agressions sexuelles. Principal accusé, le président de la fédération Emmanuel Wakam, ainsi que plusieurs membres de la fédération camerounaise de Karaté. « Il n’était vêtu que d’un caleçon. Je me suis assise sur une chaise mais il m’a demandé de m’asseoir plutôt à côté de lui…Il s’est mis à me faire des promesses » témoigne l’une des victimes.

Nous vous proposons ci dessous les troublantes témoignages qui accablent Emmanuel Wakam

LES CAS DE VIOLENCES SEXUELLES DANS LE KARATE

Les victimes des violences sexuelles dans le karaté au Cameroun choisissent très souvent de se murer dans le silence de peur de subir des représailles de la part des auteurs qui sont très souvent des dirigeants hauts placés de la fédération ou des encadreurs. Dans le cadre de la démarche initiée par le Cercle des ceintures noires du Centre, certaines de ces victimes, et quelques témoins, pour la première fois, ont décidé de rompre le silence et de dénoncer leurs bourreaux afin que les choses changent. Il est évident que les victimes qui s’expriment dans ce rapport ne représentent qu’une infime partie des victimes de ces actes ignobles. La grande majorité préférant garder le silence et le secret sur les humiliations par elles subies. Il appert également que les victimes qui ont accepté de parler sont celles qui ont résisté et contenu les assauts de leurs bourreaux.

Nous reportons ci-dessous les propos qui illustrent le phénomène et surtout l’état de décrépitude de la morale et de l’éthique sportive dans le karaté camerounais. Nous avons pour cela donné la parole à des athlètes qui ont la particularité d’être des membres de l’équipe nationale de karaté ou qui ont été dans cette équipe.

A.- OGANDOA SIOMA Stella
«Au lendemain de la ligue professionnelle de Karaté tenue au Maroc en 2016, le Président de la Fédération Camerounaise de Karaté Maitre Emmanuel Wakam m’a appelée, au téléphone, au retour de la délégation du Cameroun. Il m’a invitée à le retrouver à l’hôtel des députés où il logeait. Il a précisé que je devais venir directement à la chambre 10 qu’il occupait. Ce qui m’a beaucoup
étonnée car il pouvait bien me recevoir au restaurant à la salle de réception ou au hall de l’hôtel. Qu’à cela ne tienne, Je m’y suis rendu. Quand j’ai frappé à la porte de sa chambre, il m’a demandé d’entrer. Il n’était vêtu que d’un caleçon. Je me suis assise sur une chaise mais il m’a demandé de m’asseoir plutôt à côté de lui. J’étais très gênée. Il s’est mis à me faire des promesses
notamment de faire de moi une grande championne et surtout de m’amener au championnat du monde de karaté. J’ai dû inventer une histoire pour m’en aller. J’ai dit que j’avais rendez-vous avec ma grande sœur. Il m’a remis une somme de 10000 Francs en me demandant de l’appeler pour un nouveau rendez-vous quand j’aurai fini avec ma grande sœur. Constatant que je n’avais répondu à ses attentes, les représailles ont commencé. Par exemple en 2017 je suis championne d’Afrique. J’obtiens une bourse d’études pour la France. Ladite bourse
finira par disparaitre. En sus de cela le président de la Fédération écrira à la veille d’une compétition de la SKI qui devait se tenir en Allemagne au Secrétaire d’Etat à la Défense pour demander ma révocation de la gendarmerie au motif que j’ai décidé de quitter le territoire national sans autorisation pour me réfugier en Allemagne. La médaille de chevalier de l’ordre de la valeur que je devais recevoir après mon titre de championne d’Afrique je ne l’ai pas obtenu. Mon nom aurait été oublié par le ministère des sports. Je crois que c’est entre autres des représailles dues à mon refus de me plier aux avances du
président ». Ces propos traduisent une situation d’outrage privée à la pudeur et de harcèlement sexuel.

B.-NGO HIOL Ornella
«Tout a commencé pendant le stage préparatoire de la ligue professionnelle qui devait se tenir au Maroc en 2016. Nous étions, pour la circonstance, logés à l’hôtel le FIBI au quartier Essomba à Yaoundé. 4 Jours avant le voyage je me suis blessée au genou gauche. Après quelques séances de massages effectuées par le Kinésithérapeute de l’équipe, le président de la Fédération de Karaté
s’est substitué au Kiné de l’équipe nationale pour le massage de ma jambe endolorie. Arrivé au Maroc, le président de la fédération m’a invité dans sa chambre. Il a fermé la porte à clef. Après m’avoir demandé des nouvelles de ma jambe, il a changé de sujet. Il m’a dit que j’étais sa fiancée. Qu’il m’appelle souvent sa fiancée et qu’il était temps que l’on consomme le mariage. Il a sorti une grosse somme d’argent; m’a proposé de l’argent pour coucher avec lui. Je lui ai dit que je le considérais comme un père et qu’il était inadmissible pour moi d’entretenir des rapports sexuels avec lui. Il m’a tenu violemment par la culotte et a entrepris de me déshabiller par force. Je me suis débattue en faisant beaucoup de bruits. Ce qui a alerté Christian Ndougsa son voisin
de chambre. Celui-ci est arrivé et à frapper à la porte. Pendant que le président ouvrait la porte, j’en ai profité pour m’échapper. A cause de mon refus d’entretenir des rapports sexuels avec le président de la fédération, celui-ci a promis de bannir de son équipe toute la famille Hiol. C’est ce qui justifie qu’après quelques apparitions sporadiques à l’équipe nationale du à une pression venue du Ministère des sports, depuis 2018 moi et ma sœur sommes écartées de l’équipe nationale de Karaté ».

Témoignage de NDOUGSA Christian: «En 2016 on avait karaté one à Rabat au Maroc, le dernier jour de la compétition j’étais dans ma chambre qui jouxtait celle du président de la fédération, j’ai entendu des bruits dans la chambre du président. Je suis allé frapper à la porte de la chambre du président. Il a ouvert, j’ai vu ma petite sœur Ngo Hiol qui était toute transpirante de sueur. A peine j’étais entré dans la chambre, elle est sortie en trombe. Par la suite elle m’a fait savoir que j’étais venu la sauver des griffes du président de la fédération qui voulait l’obliger à avoir des rapports sexuels avec lui. Elle m’a dit que si je n’étais pas venu à temps elle ne sait pas ce qui allait se passer dans cette chambre. Voilà ce que j’ai vécu à Rabat ». L’on peut déduire de ces propos une situation de harcèlement sexuel doublée d’une tentative de viol.

C- NGA MANGA
«Mon Coach, l’entraineur national junior, ESSE Jean Francis Ledoux m’a toujours fait des avances en me proposant d’avoir une relation intime avec lui. Lors du stage pour les jeux de la jeunesse, il m’a fait appel dans sa chambre et a commencé à m’apprécier soit disant que j’étais différente des autres. C’est pourquoi il souhaitait que je devienne sa petite amie. Il avait déjà fait la
même proposition à Yvette. Je savais déjà que je n’allais pas participer à cette compétition. A la troisième semaine du stage, il a promis de me faire voyager à la prochaine occasion si j’accédais à sa demande. Au retour de la
compétition il a commencé à me harceler au téléphone avec messages et appels. Lors de la préparation de la compétition suivante qui devait se tenir au Rwanda, il m’invitait régulièrement dans les snacks et bars après les entrainements. Un soir, il m’a fait venir dans sa chambre et il a fermé la porte. Il a essayé de m’embrasser en me disant que je lui plaisais beaucoup. J’ai parlé de cette situation à Nkollo et à Simo des athlètes avec qui nous étions en stage. Trois jours après notre arrivée au Rwanda, il a continué son manège faisant croire à tout le monde qu’il y avait une relation intime entre moi et lui. Il n’hésitait pas à dire que j’étais sa femme. Au retour du Rwanda, il m’a fait savoir que c’était grâce à lui que j’avais voyagé, que c’était grâce à lui que j’avais obtenu la médaille d’or au Rwanda. Mais qu’en retour je n’accédais pas toujours à sa demande. Il a commencé à être distant. Pour la préparation du stage de la compétition qui devait se tenir au Botswana sachant très bien que j’étais en plein examen scolaire, il m’a écarté de la liste définitive au motif que j’étais indiscipliné. C’était le début des représailles, résultante de mon refus d’accéder à ses exigences ».

D.–DONKAP Annick Michèle
1. «Depuis 2012, un encadreur, Mbopda Jean (maître ‘Kabila) m’a approché en me disant que comme j’étais la seule fille originaire de l’Ouest à l’équipe nationale de karaté, il fallait qu’il me parraine pour que tout se passe bien pour moi. Il m’a expressément fait comprendre que si je devenais sa petite amie je ne devais pas avoir de problème à l’équipe nationale. Et que si je n’acceptais pas il suffisait d’un simple coup de fil pour que je sois écarté de l’équipe. Je ne me voyais pas avoir une relation de ce genre avec un homme plus âgé que mes parents. Au fil du temps, il revenait régulièrement à la charge. Il me donnait souvent de l’argent pour m’amadouer. Plus j’étais réticente, on m’écartait aussi progressivement des listes de l’équipe nationale. Les séances d’entrainements auxquelles je participais étaient l’occasion de me crier
dessus, de me chosifier et de me faire comprendre que je ne valais pas grande chose. Chaque fois qu’il venait à Yaoundé, Il m’invitait à leur hôtel à côté de Fokou au quartier Ekounou. Je tiens à préciser qu’ils étaient tous de connivence lui et les autres membres de l’équipe d’encadrement. Une fois il a fermé la porte de sa chambre, a retiré son pantalon et a commencé à se masturber devant moi en me suppliant de ne pas le laisser dans cet état
d’excitation. Il a éjaculé. Je lui ai fait comprendre que je ne me voyais pas entretenir de rapport sexuel avec lui que je considérais comme un père. Pour cela j’ai été écarté définitivement de l’équipe nationale. Après un arrêt de la pratique du Karaté de deux ans en raison d’une maternité, j’ai repris de l’activité. En 2018 quand il m’a revu il est revenu à la charge en me réitérant les mêmes propos que je lui plaisais et que si j’acceptais la relation qu’il me proposait j’allais très vite réintégrer l’équipe nationale ».

2. «L’entraineur national Ngo SIMB Marie avait l’habitude des attouchements injustifiables :toucher et caresser les fesses des athlètes. Elle palpait très souvent les seins des filles sans explications. Une fois en 2011 au Kenya à l’aéroport elle m’a accompagné aux toilettes et a tenu à voir comment je me mettais à l’aise. Elle m’a demandé ce que je voulais cacher. Et que je
n’ignorais rien. Elle n’hésitais pas à se déshabiller au milieu des athlètes ».

E. EDOUMA Victoire
1. «Germain Ambani était mon maître. Il m’a invité un jour dans un motel, plus précisément à l’auberge le Marseillais de Pakita à Mvog Ada et a essayé de me violer. Me william l’entraineur du Taekwendo est témoin. Le carnet délivré par le dispensaire de Mvog Ada montrait que mon vagin avait été forcé. J’avais entre 14 et 15 ans. Il a continué à me faire des avances. Il me demandait de ne pas porter de caleçon quand je venais aux entrainements. Il vérifiait
régulièrement si je m’étais épilé au niveau du sexe. On devait lui montrer nos soutiens gorges et nos sous-vêtements. Sous prétexte d’arranger nos postures lors des entrainements, il appuyait mes seins, caressait mes fesses. Je n’avais pas droit au vestiaire. Je devais me déshabiller devant lui. Il a une autre fois essayé de me violer dans le même motel. Il a été surpris par mon grand
frère que j’avais prévenu. Mon grand frère l’a surpris nu. Il a pris la fuite avec mon sac. Junior mon frère est témoin de tous les harcèlements que je subissais de la part de maître Ambani».

2. «Maître Kabila, m’a invité une fois après une compétition à Yaoundé dans l’hôtel où il logeait à Ekounou à 23 heures en me faisant savoir que le mobil de l’invitation était très sérieux. Il justifiera cette invitation à une heure aussi tardive de la nuit par le fait qu’ils avaient une réunion
qui devait prendre du temps. J’y suis allée sans arrières pensées. Je ne me doutais de rien parce qu’il ne m’avait jamais dragué. Quand je suis entrée dans sa chambre, il était nu couché sur son lit. Il s’est mis à caresser son sexe
devant moi. Il m’a fait comprendre qu’il m’aimait et voulait avoir des rapports sexuels avec moi. Je l’ai bien injurié avant de partir. Depuis ce jour il n’a pas arrêté de me harceler au téléphone. A ce jour, j’ai eu à changer de puce téléphonique trois fois à cause de maître Kabila. Il ne s’est pas découragé. Une autre fois il était en compagnie de maître Tchoffo Oscar. Ce dernier m’a intimé de coopérer pour ne pas avoir de problèmes au niveau du karaté. Très récemment encore, après une journée de compétition aux brasseries à Yaoundé, maître Kabila m’a appelé en me proposant de venir passer une semaine chez lui à Douala en me faisant comprendre que sa famille, ses enfants n’étaient pas là». «Il y a aussi maître Bassilekin, un arbitre venant de Douala, qui à chaque compétition m’amène dans les bars, snacks et auberges en me proposant que nous allions dormir ».

3. «Il y a aussi maître Tieck Jean Jacques, un coach de Sanama. Lors de l’open de Mbalmayo, il a tout mis en œuvre pour «coucher» avec moi. A la fin de la compétition il m’a invité à prolonger mon séjour dans la ville. Pour me rassurer il m’a fait comprendre que nous allions passer la nuit dans des chambres séparées. Il a payé une chambre pour moi. Quelque temps après il est revenu dire que toutes les chambres du motel étaient occupées et qu’il était contraint de passer la nuit dans la même chambre que moi. Toute la nuit il a essayé de m’obliger à avoir des rapports sexuels avec lui. Il a par la suite continué à me harceler en m’invitant dans un certain motel au
quartier Nlong-kak ici à Yaoundé ».Il ressort de l’ensemble de ces auditions réalisées les caractéristiques suivantes concernant les auteurs de ces violences sexuelles: ils tiennent régulièrement envers leurs victimes des propos humiliants à caractère sexuel, que ce soit en public ou de façon isolée. Ils promettent des privilèges ou récompenses en échange de faveurs sexuelles ou menacent les victimes de sanctions et de représailles si elles daignent refuser leurs avances. Ces pervers sexuels aiment regarder avec insistance leurs victimes lorsqu’elles sont aux toilettes, sous la douche ou lorsqu’elles se déshabillent, que ce soit en salles ou aux vestiaires.
Ces agresseurs sexuels ne connaissent pas le sentiment de honte. Ils sont prêts, à tout moment, à exhiber leur nudité, se caresser ou se masturber devant leurs victimes. Ces bourreaux développent des comportements qui repoussent progressivement les barrières du normal (gestes de tendresse insistants, contacts physiques insistants…). Ils ont tendance à profiter de certaines
situations (sommeil, réconfort, encouragement, fatigue…) pour se lancer dans leur sport favori: toucher ou caresser inopportunément leurs proies. Pour ces personnes sans vergogne, les victimes sont des proies qu’ils peuvent s’échanger et qui devraient subir leurs baisers, leurs caresses, leurs attouchements voire leurs tentatives de viol sans rechigne.

Source : Camerounweb.com

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