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RDC : Félix Tshisekedi reprend les commandes

Le Premier ministre de la RDC Sylvestre Ilunga a été forcé de démissionner après un vote de défiance de l’Assemblée Nationale. Que comprendre de ce nouveau coup d’éclat dans la politique congolaise ?

Africanews s’est entretenu avec Trésor Kibangula, analyste du Groupe d’études sur le Congo.

Africanews : Avec cette motion de censure contre le Premier ministre Sylvestre Ilunga, la dernière grande figure du camp pro-Kabila au sein de l’Assemblée nationale, peut-on dire que Félix Tshisekedi s’affranchit un peu plus de la domination de Joseph Kabila ?

Trésor Kibangula :Oui, le Premier ministre Sylvestre Ilunga était le dernier principal maillon du dispositif politique pro-Kabila au niveau national. Sa destitution vient surtout confirmer l’inversion des rapports de force qu’on a constaté depuis quelques mois déjà entre l’ancien président Joseph Kabila et le nouveau président Félix Tshisekedi. Depuis plusieurs semaines, Félix Tshisekedi est en train de reprendre la main sur les institutions. Il y a eu l’épisode des trois juges constitutionnels qui ont été nommés par Félix Tshisekedi sans l’accord de son désormais ex-allié Joseph Kabila. Ce qu’il s’est passé avec le Premier ministre est plus une confirmation de ce que l’on savait déjà: le président de la République est en train de reprendre la main.

Africanews : Le président Félix Tshisekedi a affiché, depuis son divorce avec le parti de Kabila, une volonté de rassembler une union sacrée, il a désormais une large majorité de 391 sièges sur 500, ainsi que des alliés comme Jean-Pierre Bemba et Moise Katumbi et des ex-pro-kabila. C’est une majorité hétéroclite, aura t-il les moyens de satisfaire les appétits de chaque clan ?

Trésor Kibangula : C’est un défi énorme pour le président de la République. Mais l’avenir de cette union sacrée dépendra surtout de sa capacité à imposer une ligne et un agenda politique clair et consensuel. Parce que, vous l’avez dit, cette coalition rassemble des profils assez hétéroclites et surtout des personnes avec des intérêts très divergents. Il y en a beaucoup qui sont venus, surtout ceux du FCC, rejoindre ce bateau parce qu’ils voulaient se repositionner au regard de l’affaiblissement de leur famille politique.

Il y a d’autres nouveaux ralliés, Jean-Pierre Bemba ou Moïse Katumbi, qui viennent aussi pour essayer d’avoir un regard sur des réformes, surtout électorales, qui vont être mises en place. Parce que lors des dernières échéances électorales, ils n’ont pas été candidats, ils étaient invalidés. Donc c’est une opportunité pour eux de venir participer à ce qu’il va se passer. Il y a aussi le président Tshisekedi qui a son agenda, il aura un bilan à défendre en 2023. Tout ces intérêts divergents doivent trouver un terrain d’entente, un dénominateur commun. Ce sera au président Tshisekedi d’imposer cette ligne et cette vision politique.

Africanews : Finalement le grand absent sur cette scène politique, c’est l’ancien président Joesph Kabila, qui jusqu’à présent n’a pris aucune position. Quelle pourrait être sa riposte ?

Trésor Kibangula : C’est difficile de lire depuis quelques temps la stratégie de riposte de Joseph Kabila. On le savait puissant: il a dirigé le pays pendant dix-huit ans, il s’est arrangé pour avoir une écrasante majorité au sein de l’Assemblée nationale, il avait encore des relais au sein de l’armée… C’est quelqu’un qui était supposé être puissant! Mais depuis quelques temps, il a accumulé des défaites sur le terrain politique. Il s’est retranché à Kashamata dans sa ferme dans le sud du pays. Pour l’instant, ce que l’on sait, c’est qu’il encaisse les coups. Il a mis en place un comité de crise pour réfléchir. Je pense que la stratégie de riposte sera de se constituer en principale force de l’opposition congolaise de demain.

Source : africanews.com

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