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Paule Marie Assandre, entrepreneure créative et sociale : “ Mon travail repose sur la créativité… pouvoir redonner plus de valeur et de l’impact à la société”

Paule Marie Assandre est entrepreneure créative et sociale. Cette idée, née avant tout d’une volonté personnelle de répondre à un besoin personnel de s’affirmer quelque chose et de pouvoir répondre à d’autres personnes, est le coeur de son travail la créativité dont le sens est de pouvoir à travers son art redonner plus de valeur et de l’impact à la société. Avenante et altruiste, cette créatrice sociale, qui a ouvert son univers à Afriquefemme, donne le meilleur d’elle-même à travers son fascinant travail pour faire des heureux.

Vous êtes entrepreneure créative et sociale. Alors d’où vous est venue le désir d’entreprendre ?

Je rectifie déjà que je suis entrepreneure créative et sociale. Je ne suis pas un entrepreneur social. Mon travail, dont le sens est de pouvoir rendre ce que je fais d’une certaine façon à un certain niveau socialement, repose sur c’est la créativité.

Autrement dit, il s’agit de redonner de l’impact à la société à travers les valeurs de ce travail créatif, le fait de dire que c’est possible et faire comprendre à tous qu’il est possible pour tout le monde d’y arriver.


En réalité, ce n’est pas un choix parce que c’est bien trop compliqué pour avoir envie de s’aventurer dans quelque chose de complètement nouveau. C’est pour moi une véritable aventure, quelque chose qui nous tombe dessus, mais qui nous pousse constamment vers les difficultés qui sont assez particulières à gérer.

Pour moi, depuis toujours, je sais que ma place est de créer quelque chose. Quelque chose selon mes valeurs, selon ce que je recherche et pense. Il va tout de même s’en dire que les gens peuvent avoir besoin de mes créations puisque je fais partie de cette population-là. Je suis une femme noire, une africaine qui a eu besoin insatisfaits, des choses dont j’ai eu besoin et pour lesquelles je n’ai forcément pas eu gain de cause. Il fallait moi-même les créer. Pour tout dire, être entrepreneure créative et sociale vient d’une volonté personnelle de répondre avant tout à quelque chose pour moi-même et qui j’espère, peut répondre à d’autres personnes.

Vous êtes Créatrice de «Body Acceptance», un programme de développement et d’acceptation de soi par l’expression corporelle qui a débuté en 2012. Parlez-nous de ce programme.

Comme je l’ai dit, ce programme je le démarre parce que moi j’ai besoin de quelque chose. Vous êtes sans savoir qu’avec les expériences, on perd confiance. Effectivement, avec le corps qui évolue, qui change et qu’on ne reconnaît pas, on arrive à perdre confiance. Et personnellement, j’avais besoins de retrouver confiance en moi. Je me suis dis mais, pourquoi ne pas partager cette expérience avec d’autres femmes puisqu’il y en a, je pense, qui vivent les mêmes situations que moi. Elles perdent parfois confiance en elles-mêmes et ça se joue à 2 à 3 kg en plus. Du coup, on a l’impression que tout nous tombe dessus. La première chose que j’ai eu envie de faire, c’est d’aller à la rencontre d’autres femmes pour pouvoir me rassurer, et savoir si j’étais la seule à qui cela arrive, en dehors du corps plein d’autres choses : les déceptions amoureuses, les désillusions…

Pour ce faire, j’avais donc besoin d’aller rencontrer d’autres femmes pour leur raconter mon histoire et pour entendre aussi la leur, pour qu’on se reconstruise ensemble. Et j’ai décidé de le faire à travers la danse, étant donné qu’elle permet de se libérer, de reprendre confiance en soi et de partager en brisant la glace.

Ce n’est pas forcément par la parole. Mais par le corps on peut également se parler sans dire mot. Nous qui sommes pudiques, en tant que femmes africaines, de briser un peu la glace et après on s’exprime plus facilement. Il faut que ce rapprochement corporel des unes et des autres soit fait, d’autres créativités. Cette passion de la danse et ensuite de se rencontrer plus rapidement à travers la parole. C’est comme ça que ça commence vraiment pour répondre à ce besoin d’acceptation de soi-même, d’amour de soi et trouver des réponses à travers les autres. Je pense que en tant que femme, on vit souvent la même chose et si parfois on a plus de réponses, on a quelqu’un en face de nous, une autre femme qui peut avoir la réponse.

Redonner confiance à des femmes mal dans leurs peaux à travers la danse et les cercles de parole.

C’est important de dire que moi-même j’étais la première cible parce que ça n’existait pas. Je l’ai créé parce que moi-même j’avais besoin de ça. Et je ne rentrais pas dans cette activité en étant coach comme si je savais tout.

Au contraire, c’est parce que je ne savais pas tout que j’ai décidé de le faire pour pouvoir m’enrichir aussi des autres et donner aussi ma richesse aux autres. Ce que j’avais à ce moment-là, si je n’avais pas tout au fil du temps, j’avais gagné à partir du moment où j’avais décidé d’aller nue avec ce que j’avais et avec ce que je n’avais pas. J’avais besoin de moi-même me reconstruire.

Avez-vous jusque là des retours positifs de la part de ces femmes qui participent à ces rencontres ? Ont-elles retrouvé vraiment confiance en elles-mêmes ?

J’avoue qu’il y a eu beaucoup, beaucoup de retours. Ce qu’il faut comprendre c’est que chacune vient prendre ce qu’elle estime bon pour elle et, en retour, chacun vient donner ce qu’elle a envie de donner. Généralement, je n’ai que des retours positifs des personnes qui non seulement restent, mais mieux des personnes qui ne peuvent plus s’en passer parce que cela fait partie de leur routine aujourd’hui: passer deux heures de bien-être une fois dans la semaine. C’est donc bien évident que d’une personne à une autre ce n’est pas forcément au même degré des choses que l’on peut trouver. Toutefois, ça dépend de la volonté personnelle de chacune, de ce qu’elle traverse, du déclic que cela va produire. Le plus souvent, ça produit forcément un déclic. Ça peut par exemple être tout simple, ça peut passer simplement du bon temps, et finalement se trouver une activité qui nous fait du bien aussi. Il peut également s’agir du point de départ pour sortir d’une situation initiale dans laquelle on se retrouvait pour passer à une autre chose.

Au delà de ce que chacune des personnes peut trouver, elles rencontrent d’autres personnes. Ce sont des liens qui se tissent chemin faisant. Quand nous montons sur scène, faisons des spectacles, des campagnes, c’est ce qui se passe en général, il y’a un mouvement qui se crée avec un sentiment d’appartenir à un moment donné à une nouvelle famille créatrice, une famille de femmes.

Il y’a des gens qui ont changé de carrière grâce à ce projet simplement parce qu’elles se sont rendues compte de ce que leur place n’était pas forcément là ou elles étaient. Il y’a aussi eu des séparations amoureuses ou des rapprochements soit parce qu’on a réalisé qu’on est dans une relation qui n’est pas faite pour nous, soit parce qu’on comprend à présent qu’il y’a une part de responsabilité qu’on peut corriger par certaines actions ou d’autres choses.

Au vu de ces expériences intéressante, oui je pense qu’on peut dire que les retours sont de manière générale positifs parce qu’ayant apporté forcément quelque chose, peut être pas ce qu’on venait chercher peut-être moins peut être plus, mais au moins quelque chose.


Fondatrice de la marque Nikaule et de la maison Nikaule, vous avez organisé un défilé de mode à l’institut français d’Abidjan le vendredi 02 octobre dernier à l’occasion de la 3ème édition du Fashion Circus. C’est quoi l’objectif de ce projet ?

J’ai une marque de vêtements qu’on appelle “la maison Nikaule”. Il est important de le préciser. C’est une marque made in Africa qui a commencé timidement en 2007 parce que j’étais à l’époque à l’université. Progressivement, les choses se sont mises en place en 2013 à Paris jusqu’au maintien à Abidjan. Et la particularité de cette marque c’est la valorisation du savoir-faire du continent africain. Mais derrière, ce sont certaines valeurs et de pouvoir ouvrir des perspectives du made in Africa. Ce, pour montrer qu’on peut créer de belles choses et qu’il est temps d’avoir confiance en ce que nous-mêmes faisons. Il s’agit d’avoir confiance en notre potentiel et de rassembler les diversités car c’est important que tout le monde de se sente valorisé quelle que soit sa différence. C’est vraiment le leitmotiv de la marque.

Dans cet univers, il était important pour moi de faire des défilés qui sortent un peu de l’ordinaire. Des défilés au cours desquels il n’y a pas que des mannequins aux standards européens mais où tout le monde se retrouve. Nous essayons encore de valoriser les diversités de la beauté, la diversité de la créativité notamment de la musique, de la danse, du théâtre et plusieurs arts à l’image de la marque.

C’est vraiment un hymne à la diversité à tous les rangs. Le dernier défilé, qui était un hommage à Papa Wemba qui est un artiste qui m’a beaucoup inspiré à l’enfance,


s’était déroulé à l’institut français le 10 octobre dernier sur une thématique qui était pour moi très importante.

Pourquoi Papa Wemba ?

D’abord parce c’est l’un des premiers artistes que j’ai découvert entre 8 et 9 ans, un artiste que j’aime beaucoup. Ensuite, quand j’ai commencé à organiser des défilés au quartier avec des copines, ce sont ses chansons que je jouais. Puis, de fil en aiguille, j’ai aimé beaucoup l’univers de l’artiste, surtout son style vestimentaire parce que c’est quelqu’un qui ose beaucoup. Il a une notion du style qui est très pointilleux. Par dessus tout, j’aime beaucoup sa musique parce que je trouve que c’est une musique du monde, pas seulement congolaise, mais une musique qui est ouverte sur le monde à l’image aussi de la marque. Et la particularité ici est que Fashion Circus est un défilé ou une partie des fonds est toujours reversée pour satisfaire à une cause sociale. Cette année par exemple, la cause a été justement pour la construction d’une école de l’association Yelenba.

Pourquoi avoir choisi l’Ong YELENBA ?

La magie des réseaux sociaux fait qu’on tombe un jour sur quelque chose et ça touche notre cœur. Je ne connaissais pas l’association Yelenba et je tombe sur un visuel comme quoi pour la rentrée 2020-2021, il y’ avait une levée de fonds pour la construction d’une école. Et j’ai trouvé que c’était un projet 2020 qui a été une année difficile pour tout le monde ou finalement on ne sait pas qu’est-ce qui s’est réellement passé au niveau scolaire pour les enfants. Nous nous sommes demandées comment ils se sont débrouillés avec tous ces troubles-là.

Nous encore avons eu de la chance. Nous avons pu avancer, avons pu nous construire dans la vie. Nous nous sommes dit que nous pouvions avoir un moment de pause. Et eux, ils sont en plein dans leur construction et ils ont été complément arrêtés par le coronavirus.

Je me suis dit que c’était à nous de donner quelque chose à l’éducation. Et par ce projet que j’ai vu par hasard sur les réseaux sociaux, je me suis dit autant donner, pas toute seule, mais avec d’autres personnes et parce que je sais faire donc la créativité. Cet événement a été la meilleure façon de pouvoir participer à ce projet. Au fil du temps, j’ai connu l’association et j’ai vu le travail qu’elles faisaient. Il était donc important pour moi d’accompagner un tel projet.

On peut avoir le montant de cette aide ?

Oui, on a recueilli le jour j, 1 500 000 Fcfa. Ce qui a été reversé est 700 000 parce que malheureusement, on a dû retirer 800 000 de frais liés à l’organisation de l’événement puisqu’il n’y avait pas de sponsors.

Passons à autre chose. Qu’est ce qui a vraiment motivé votre retour en Afrique ?

Pour moi, c’est une évidence, là-bas on reçoit beaucoup. Reçu de manière très technique par rapport à la technicité, à l’apprentissage d’un savoir-faire, d’un métier. Ici J’avais déjà reçu tout ce qui était les valeurs. Il a fallu que je parte pour compléter avec tout ce qui était de la technicité, l’instruction. Un moment donné, quand on a les deux, les valeurs nous manquent beaucoup mais surtout le sens qu’on peut donner à sa vie à un moment donné lorsqu’on est africain. Cela, pour pouvoir redonner ce qu’on a reçu. On a plus envie de donner ici que là-bas. 


Des projets en vue ?

Oui, plusieurs. Continuer, quand on est entrepreneur créatif en général on n’est malheureusement pas très concentré sur l’aspect rentabilité. J’ai laissé le mot artiste pour justement avoir l’impression de penser que je pouvais avoir de l’argent, avoir la tête sur les épaules et gagner de l’argent (rire). .J’ai alors mis entrepreneur pour moi-même me motiver, être plus concentrée sur l’argent et quand on est créatif, on est très peu porté sur l’argent. Que tout ce qu’on donne mérite aussi de gagner financièrement de rajouter à l’art, à l’amour de tout ce qu’on fait. Une stratégie pour pouvoir gagner sa vie et pouvoir mieux avancer. Donc oui plein de projets créatifs, des projets sociaux parce que pour moi les deux sont liés. C’est de faire grandir ce qui existe déjà.


Un mot pour terminer notre entretien ?

Je suis honorée qu’Afrique femme me fasse cette interview et j’espère qu’on pourra faire de belles choses ensemble parce que finalement on est complètement lié vu le même travail qu’on fait de devoir valoriser les femmes plus soi-même et puis d’avancer ensemble. J’espère que très très vite on va pouvoir se retrouver.

Source : AfriqueFemme.com

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