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Mamane, Chroniqueur, comédien-humoriste : « c’est plutôt l’homme le sexe faible« 

Mamane, de son vrai nom Mohamed Mustapha, est un humoriste, réalisateur et scénariste nigérien. Chroniqueur sur Radio France internationale où il développe l’univers de la ‘’République très très démocratique du Gondwana’’, Mamane écrit et réalise en 2016, un film intitulé ‘’Bienvenue au Gondwana’’ qui, en 2017, est le film le plus rentable en Afrique, devant Fast & Furious.

Sa société de productions ivoirienne Gondwana-City Productions l’aidant, Mamane a à son actif ‘’Le Parlement du rire’’, qu’il produit et dans lequel il joue le rôle du Président aux côtés de Michel Gohou, Digbeu Cravate et Charlotte Ntamack, ses trois vice-présidents.

Il organise depuis 2014 ‘’Abidjan Capitale du Rire’’, un Festival d’humour à Abidjan, Côte d’Ivoire, qui réunit depuis 6 ans de nombreux humoristes africains et internationaux, et propose le meilleur de l’humour africain. Présent à Abidjan pour la 6e édition de cette fête du rire qui aura lieu du 12 au 14 février 2021 à Abidjan, Mamane a échangé avec Afriquefemme.com qui voulu en savoir davantage sur cette personnalité assez atypique, qui lutte également contre les violences faites aux femmes.

Mamane, vous n’êtes plus à présenter. Dites-nous comment vous est venue l’idée de lutter contre les violences basées sur le genre?


La violence basée sur le genre est un sujet qui intéresse les hommes normalement. Et nous quand on parle de l’humour du Gondwana, c’est un humour engagé, on fait rire pas uniquement pour faire rire. C’est pour parler également des sujets sérieux. Il y a ma chronique du Gondwana que je fais. Dans cette chronique, je parle de tous les problèmes, mal gouvernance, le manque d’école, d’infrastructures sanitaires, sans omettre la famine, le sous développement… et la violence basée sur le genre, quelque chose d’assez universel dans le monde. Par l’humour, on peut dire des choses, aborder des sujets très sérieux, jugés tabous pour la plupart du temps. Mais dit avec humour, ça passe.

On peut tout dire du moment que c’est drôle, subtil et qu’on respecte les gens. Donc, il faut en profiter pour passer des messages très sérieux. Et nous les humoristes, aujourd’hui, il suffit qu’on fasse une vidéo et qu’on mette sur les réseaux sociaux, ça fait un millier voire des millions de vues. Il faut alors profiter de cette audience pour être utile. Aujourd’hui il ne suffit plus d’être connu! Non, ça ne suffit pas. Il faut plutôt être connu, et être utile surtout quand on est africain.

Les hommes qui sont généralement machos, voir un homme se battre pour les violences faites aux femmes, est-ce que vous n’avez pas peur du regard des autres hommes ?

Qu’un homme vienne me dire qu’il n’a pas de maman, de soeur, de femme… et qu’il est venu tout seul au monde, qu’on l’a jeté du ciel et qu’il est arrivé sur terre comme ça!… Les femmes représentent la moitié de l’humanité. Un homme qui aura peur et dira qu’on ne doit pas se battre pour l’égalité du genre et les violences faites aux femmes, c’est qu’il a lui-même un problème avec son groupe sanguin, comme le dit Digbeu cravate.

Et la violence basée sur le genre c’est quelque chose que je mets sur le même plan que la lutte contre le racisme, contre toutes les formes de discrimination. Mais la plus forte c’est celle-là, car les femmes, c’est la moitié de l’humanité. Les hommes qui sont machos, qui profitent de leur soi-disant supériorité, eh bien, ce sont des hommes qui sont faibles au fond d’eux; ils ne sont pas conscients et ils ne sont pas sûrs de leur force. C’est un aveu de faiblesse pour les hommes qui ont peur des femmes. Pourquoi avoir peur des femmes? On a tous des femmes dans notre vie.

Qui dit violence dit sévices corporels tels que l’excision. Quelle serait votre approche pour faire comprendre aux populations qui la pratiquent encore que c’est une violation des droits de la femme?

Déjà, pourquoi les gens pratiquent-ils l’excision…? Ils se cachent en disant que c’est un précepte religieux, alors qu’il n’en est rien, c’est faux. il n’y a aucune religion qui dit cela. Ni l’islam, ni autre religion, quelle qu’elle soit. Ce sont des pratiques culturelles, qu’on retrouve dans plusieurs régions du monde. En réalité, cela vient de ce que j’ai dit tantôt, la peur des hommes. La femme est un être tellement complexe,….elle donne la vie… On parle toujours de l’excision, mais c’est le fait de couper le clitoris de la femme. Le faisant, c’est donc l’empêcher d’avoir accès à la jouissance, aux plaisirs sexuels.

Et les hommes s’adonnent à cette pratique (l’excision: ndlr) pour maintenir les femmes sous leur coupe. De ce fait, l’homme lui peut avoir le plaisir, mais la femme non. On veut cantonner la femme à son rôle de faire des enfants. Non! Et c’est une manière comme le voile, la polygamie, comme tout mode de domination de l’homme, c’est pour garder la femme. En fait, les hommes n’ont pas confiance en eux. Une femme, ce n’est pas un objet.

La scolarisation des jeunes filles reste encore faible dans certaines régions du continent. Comment réussir à convaincre les parents hésitants à la faire?

Il est important de montrer à ces parents, l’utilité de l’école, il faut avoir des exemples de femmes qui ont réussi, et qui sont restées des femmes modèles, des femmes exemplaires. Il faut leur montrer ces femmes qui ont réussi parce qu’on leur fait comprendre que l’école, c’est une école perversion, c’est une école où on enseigne les valeurs des blancs, comme ils le disent… C’est une école où on s’habille très court, un lieu ou on s’adonne à la débauche et qui emmène les filles vers les dérives qui ne sont pas celles des valeurs africaines, comme ils le disent.

Il n’y a pas de valeurs africaines, mais il y a juste des valeurs humaines; être bien, faire le bien, ne pas mentir, ne pas blesser quelqu’un. Et leur montrer que l’école sert à fabriquer un citoyen, une citoyenne que les femmes peuvent travailler comme n’importe qui et avoir un salaire, s’acheter sa voiture, entretenir sa famille. Mais non! Les hommes, la plupart du temps, veulent que ce soit l’homme qui travaille. Donc la femme ne travaille pas et c’est une manière pour que la femme dépende toujours de l’homme. et c’est malheureusement toujours ça. On dit toujours le sexe faible parlant de la femme, mais c’est l’homme le sexe faible.

Parfois certaines jeunes filles scolarisées sont sorties du circuit pour un mariage forcé. Convient-il de s’ingérer dans les traditions religieuses ou culturelles d’autres pays portant sur le mariage d’enfants ?

Eh oui! En plus, elles sont généralement mariées à des hommes qui ne sont jamais allés à l’école…

En fait, il ne faut pas brusquer les gens. Il faut aller de manière subtile, de manière souple, pour se mettre dans les raisons qui ont poussé ces personnes à ne pas scolariser leur enfants, et prendre ces mêmes raisons-là et les retourner contre elles. Si on leur dit que ce n’est pas bien avec la force, alors ces personnes vont se braquer, quitter le circuit et se cacher dans leur village ou leur maison et ne pas scolariser leur fille.

Il faut y aller subtilement, intelligemment. Dans la religion musulmane par exemple, on peut trouver toutes les raisons qui contrecarrent le fait de ne pas scolariser l’enfant. Je suis moi-même musulman, j’ai discuté avec beaucoup d’imams, beaucoup d’hommes religieux et beaucoup d’hommes politiques qui sont entrain de travailler sur des textes religieux, sur des sourates, des haddis qui montrent qu’il faut scolariser les enfants.

A chaque raison qu’on donne, c’est la dépravation. Juste le nom ‘’boko haram’’, les gens ne savent pas ce que ça veut dire. ‘’Boko’’ en haoussa, c’est ‘’l’école des blancs’’ et ‘’haram’’. Donc c’est n’importe quoi. Il faut aller sur le terrain de la religion pour montrer qu’il faut scolariser les femmes et ne pas les sortir du circuit pour un mariage parfois précoce et forcé.

Quels sont, d’après votre expérience, les facteurs clefs du mariage d’enfants, et comment peut-on y remédier ?

Toujours scolariser les filles… l’école c’est la base. La scolarisation obligatoire des enfants à partir de 4 à 5 ans. Un enfant qui traîne dans la rue, on le prend, on recherche ses parents, on les retrouve et on lui demande les raisons de la non scolarisation de l’enfant…

En France c’est ce qui se passe. Les services sociaux font les enquêtes dans les maisons et demandent aux parents pourquoi l’enfant n’est pas à l’école depuis 2 ou plusieurs jours. Donc c’est comme ça qu’il faut travailler. C’est le rôle de l’État. Que l’État travaille donc. Ils deviennent des hommes politiques, des ministres, des présidents et après ils ne s’occupent plus d’eux-mêmes. Tout l’argent va dans les voitures, les voyages, les conférences à l’autre bout du monde et on ne s’occupe pas des citoyens.

Quel est le principal message que souhaiteriez-vous envoyer à l’occasion de ‘’Abidjan, capitale du rire’’, édition 2021 ?

Le rire c’est l’amour, la fraternité… venez rire. Une heure dans une salle de spectacle d’humour, c’est extraordinaire. il y a 1500 personnes qui arrivent, qui ne se connaissaient pas.

Une minute avant, et puis ils s’asseyent, ils rient aux mêmes blagues… Alors c’est quelque chose d’universel qu’on a en nous, on est des être humains et le rire c’est l’amour. Quand on rit, c’est qu’on aime l’humoriste qui est sur scène. et on rit de ce qu’il fait et les gens qui sont autour de nous rient. Ce rire général qui vient c’est l’amour. Donc venez rire. C’est un acte d’amour et sur terre la vie est courte donc il faut en profiter.

Et les mesures barrières?

Toutes les mesures barrières seront mises en place avec les responsables du palais de la culture, les responsables du ministère de la santé. On a l’autorisation de faire le spectacle. On désinfecte la salle avant, les masques sont fournis à ceux qui n’en auront pas. On a des gels partout.

On a cette chance là en Afrique, c’est que le virus n’est pas très très virulent, mais il faut quand même faire attention.

 

Source : AfriqueFemme.com

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