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La grande joueuse de tennis de table nigérian Oshonaike : « J’ai été abusée physiquement et sexuellement« 

« Chaque fois que j’entends la nouvelle d’un viol, cela me ramène à mon passé. J’ai été physiquement et sexuellement abusée. C’est mon vécu personnel », déclare la championne.

Le Nigeria est un pays qui s’intéresse sérieusement aux agressions sexuelles et à la façon dont les femmes sont traitées. Et, parmi celles qui parlent pour la première fois de ce qu’elles ont vécu, il y a Funke Oshonaike, six fois championne olympique de tennis de table.

Oshonaike a été inspirée de raconter son histoire après le viol et le meurtre d’Uwa Omozua, une Nigériane de 22 ans, dans une église de Benin City. Omozua a été retrouvée morte, à moitié nue, dans l’église, ce qui a déclenché des protestations dans tout le Nigeria, de nombreux nigérians réclamant justice.

Oshonaike dit que l’histoire d’Omozua a fait remonter à la surface des souvenirs de son propre traumatisme d’avoir été agressée sexuellement à l’âge de 19 ans, par un homme de 10 ans plus âgé qu’elle. « C’était un ami – j’étais naïve », se souvient-elle. « Quand il s’est mis en colère, il m’a battue. Il utilisait ses deux pouces pour m’appuyer sur les yeux… Et il m’a abusée sexuellement. Je me sentais impuissante, avec du sang partout sur moi… Je ne savais pas que ça s’appelait un viol. Tout ce que je savais, c’est que je me sentais sale », témoigne l’athlète.


« Il avait le contrôle total »

Oshonaike a commencé à jouer au tennis de table à l’âge de 14 ans et, deux ans plus tard, elle a intégré l’équipe du Nigeria pour les Jeux africains de 1991.

Mais ses premiers Jeux olympiques ont eu lieu à Atlanta en 1996, date à laquelle les abus ont commencé. « J’étais à l’université de Lagos – j’allais à l’école avec des bleus sur tout le corps et les gens se demandaient ce qui n’allait pas chez moi », dit-elle. « Mais je ne pouvais le dire à personne. Je me sentais hypnotisée. J’étais une esclave entre ses mains », raconte la championne.

Les sévices ont eu lieu alors qu’Oshonaike était en pleine compétition et remportait des championnats nationaux. Mais malgré l’attention portée sur elle, elle s’est trouvée incapable d’échapper à son calvaire. Sa situation était aggravée par le fait que l’homme avait une mainmise totale sur ses revenus et ses comptes bancaires.

Chaque fois qu’elle voulait partir et réclamait son argent, elle finissait par être battue et couverte de bleus. « Il m’a dit de lui donner tous mes gains. Mon compte en banque était à son nom », dit-elle.

« Chaque fois que j’essayais de m’enfuir, je demandais mon argent » – mais il refusait de le lui donner. « J’étais la championne nigériane à cette époque, mais je n’étais pas assez forte pour le dire à qui que ce soit. J’allais dans mon petit coin et je pleurais. Parfois, j’avais envie de me suicider », explique Oshonaike.

La riposte

Mais Oshonaike a dit qu’elle avait trouvé le courage de survivre et qu’elle savait qu’elle ne pouvait pas abandonner. Elle devait poursuivre son rêve de devenir une star du tennis de table. « J’ai tout perdu à cause de cet homme. Mais je me suis battue et je me suis remise sur pied », ajoute-t-elle. « Dieu m’a permis de continuer. Les histoires d’Oprah Winfrey et de Joyce Meyer m’ont permis de continuer à vivre. J’ai recommencé ma vie à zéro », affirme-t-elle.

Porte-drapeau de l’équipe du Nigeria aux derniers Jeux olympiques, en 2016 à Rio, Oshonaike a subi les conséquences de ce qui s’est passé bien après qu’elle ait finalement quitté son agresseur. « Le traumatisme est resté en moi pendant des années et a affecté ma vie sexuelle et mon mariage », dit-elle. « Je viens juste de retrouver ma santé mentale », déclare Oshonaike.

La femme de 45 ans a attribué l’incapacité des femmes à parler de leurs abus sexuels passés au fait que le sujet reste tabou et à l’absence de réseaux sociaux. « À l’époque où nous n’avions pas de réseaux sociaux, les femmes n’osaient pas s’exprimer. Je ne comprenais pas ce qu’il me faisait. Je n’ai réalisé que récemment qu’il s’agissait d’un viol », dit-elle.

Oshonaike dit qu’elle est maintenant un modèle pour les autres femmes qui sont victimes d’abus sexuels. Elle est déterminée à faire en sorte que les femmes reprennent leur pouvoir après une expérience aussi traumatisante.

« Tout ce que j’ai vécu a fait de moi un mentor pour les autres. Je suis capable de partager mes histoires avec des femmes qui ont été victimes et de les encourager à ne pas se laisser aller », affirme-t-elle.

« J’espère que davantage de femmes auront l’audace de se manifester et de s’exprimer. Je suis une survivante », témoigne Oshonaike.

Source : AfriqueFemme.com

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