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Haweya Mohamed, l’entrepreneuse qui lie la tech française et africaine

Après avoir mené une prestigieuse carrière dans de grands groupes européens, cette française d’origine somalienne s’est lancée dans l’entrepreneuriat. Avec Afrobytes et The Colors, Haweya Mohamed veut promouvoir un marché encore trop peu visible, celui de la diaspora africaine qui vit en France et en Europe.

« Les gens cherchent toujours à expliquer votre présence à des postes de pouvoir. Dans certains de mes jobs, des personnes m’ont dit que je devais sûrement être fille de diplomate » , plaisante Haweya Mohamed, passée par des postes clés de nombreux grands groupes français et internationaux et aujourd’hui entrepreneuse. « Je prenais un malin plaisir à leur répondre que ma mère gardait des chameaux en Somalie » , poursuit cette dernière, qui confie à Maddyness avoir toujours utilisé l’humour pour contrecarrer ce genre de remarques.

Née à Fontainebleau, elle a perdu son père à 2 ans et vu sa mère, à 29 ans, élever ses cinq enfants seule. « Elle s’est débrouillée comme une cheffe, pour qu’on arrive tous au Bac, se rappelle Haweya Mohamed. Elle avait des difficultés mais ne nous les a jamais montrées, et, quand je regarde une photo d’elle et moi, faite dans un photomaton il y a des années, ça me donne la force de tout donner pour réussir mes projets » . Une motivation saluée par Emmanuelle Skyvington, journaliste chez Télérama et amie de l’entrepreneuse : « Elle vit le racisme au quotidien, mais ne se bloque pas aux difficultés liées au fait d’être une femme noire. Elle avance toujours et ne perd jamais son engagement pour faire bouger les choses, c’est une pionnière de la Tech avec la belle ambition de connecter Afrique, Europe et Etats-Unis » .

Titulaire d’un master en littérature étrangère à Paris VII (Diderot), Haweya Mohamed a commencé sa carrière professionnelle en 2000, dans le divertissement, chez Endemol, comme assistance de production, sur les émissions phares comme la Star Academy ou Loft Story. Démarchée par Isabelle Camus, elle a ensuite travaillé sur Un Gars, Une Fille. En 2005, elle rejoint Channel 4, « au moment où toutes les séries américaines comme Lost ou Desperate Housewives commençaient à être adaptées en Europe » , explique celle dont le travail consistait à vendre les droits de diffusion de ces séries à des groupes comme M6. Au bout d’un an, elle est débauchée par le directeur général d’RTL, avec le challenge de contribuer, en tant que responsable de la communication, à refaire cette dernière la radio numéro 1 en France. « C’est amusant de constater que pour chacun de ces postes, j’arrivais dans des moments charnières » , analyse-t-elle.


Du confort salarial à Afrobytes

En 2011, elle pense déjà à créer sa société, mais l’opportunité de devenir « chief of staff » d’Alain Afflelou décale son projet. Touche-à-tout, Haweya Mohamed s’intéresse à toute opportunité. En 2014, elle est approchée par Al Mada, le fonds souverain du Maroc, qui gère les sociétés prometteuses — les « champions nationaux comme ils les appellent » . Elle va en gérer la communication internationale pendant un an. « C’est lors de cette expérience que j’ai senti cette dynamique de l’innovation sur le continent africain, se souvient-elle. J’ai vu beaucoup d’incubateurs fleurir dans ce pays et au Sénégal » .

Emmanuelle Skyvington confie avoir toujours pensé que son amie avait une âme d’entrepreneuse et qu’elle pouvait faire autre chose que de rester dans ces emplois, si prestigieux soient-ils. « Elle a pendant longtemps été dans l’ombre d’autres personnes, et il est dur de quitter une position et la tranquillité des grands groupes avec des salaires fantastiques… Mais elle s’est jeté à l’eau en lançant Afrobytes, pour faire murir un projet qui lui tenait à coeur » , explique la journaliste. C’est à la suite d’une rencontre avec Ammin Youssouf, créateur de l’agence digitale Big Youth, que tout a basculé. « Il trouvait que quand nous parlions Afrique, nos discours étaient les mêmes, explique l’entrepreneuse de 43 ans. Il disait tellement vrai que nous vivons ensemble aujourd’hui» .

Et de cette union n’est pas né qu’un petit garçon, mais aussi la marketplace Afrobytes. « Après de nombreuses discussions, nous sommes partis pendant un mois en Afrique de l’Est pour sonder les grands écosystèmes tech, comme IHub au Kenya et savoir de quoi ils avaient besoin » , raconte Haweya Mohamed. La réponse de tous ces acteurs africains : des fonds, des partenariats solides et de la visibilité à l’international. Pour y répondre, le couple a créé Afrobytes, en 2015, pour raccourcir les discussions entre les différents écosystèmes. « Si on était au départ plutôt sur un projet de sensibilisation, Afrobytes est aujourd’hui devenue une place de marché qui fait le pont entre les écosystèmes du continent africain et les écosystèmes occidentaux, comme YCombinator, PayPal et Google » . L’initiative, qui est passée par la Station F, a été soutenue par Pierre Gattaz, qui leur a mis à disposition les services du Medef pendant deux ans, et a valu à Haweya Mohamed une invitation au Vatican, de la part du Pape lui-même.

« Un profil rare, un role model »

« Haweya s’est construit un réseau très large et solide dans la tech, les médias et même la politique. Elle arrive à faire le lien entre différents mondes, des backgrounds très variés, comme les grands dirigeants et des profils plus opérationnels » , souligne Charlotte Detaille, productrice chez Lagardère Studios et amie d’Haweya Mohamed depuis 20 ans. « C’est aussi une dénicheuse de talents » , renchérit Emmanuelle Skylington, à qui Haweya Mohamed a conseillé, il y a près de 15 ans, d’aller rencontrer une certaine Rokhaya Diallo, qui venait de créer l’association Les Indivisibles.

Pleine d’idées, Haweya Mohamed a lancé, en ce début d’année, sa nouvelle aventure entrepreneuriale, The Colors. La plateforme se donne pour mission de valoriser le marché des cosmétiques et de la mode pour les entrepreneur·euse·s d’origine africaine. « Je n’ai toujours pas trouvé ma crème de jour idéale et j’ai erré pendant longtemps pour avoir un shampooing qui correspondait à ma nature de cheveux » explique celle pour qui ce problème a créé un déclic. « La Gen Z (personnes nées entre 1997 et 2010, NDLR), est multiculturelle, ce sont aussi les consommateurs de demain, et il faut adresser ce marché ! », insiste-t-elle. C’est pourquoi ses deux programmes d’accompagnement, « La fabrique » dédiée aux produits de beauté et « L’atelier » à la mode, encouragent les jeunes pousses du secteur. L’ambition est de soutenir le développement de marques créées par des entrepreneur·euse·s afrodescendant·e·s, qui souffrent souvent d’un manque de visibilité et de financements, « alors que les opportunités de marché sont énormes à travers la diaspora africaine » , poursuit sa fondatrice. Lire la suite maddyness.com

Source : AfriqueFemme.com

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