Sport

FECAFOOT-LFPC : les coulisses d’une guerre sans merci

La mise en oeuvre de la sentence du TAS risque d’être perturbée par le mauvais jeu de la Ligue et les tacles irréguliers du ministère des Sports et de L’Education physique.

Dans l’imaginaire populaire, la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) s’apparente à une République à part. Qui, au nom du sacro-saint principe de non-ingérence consacré par la Fédération internationale de football association (FIFA), n’hésite par à défier lé gouvernement. Une lecture superficielle du conflit opposant la Fecafoot à la Ligue de football professionnel du Cameroun (LFPC) pourrait conforter cette manière de voir.

Ce conflit nait de l’exécution de la sentence du Tribunal» arbitral du sport (TAS) rendue le 14 septembre 2020, demandant à la Fecafoot de réhabiliter la LFPC suspendue le 3 septembre 2019. Pour le général Pierre Semengue, « depuis le prononcé de la sentence, le Fecafoot fait preuve de dilatoire et de mauvaise foi ». Le président de la LFPC va même en accusant la Fecafoot de braver « les prescriptions gouvernementales pour une application « immédiate de la sentence” ».

Il en veut pour preuve la nomination par le président de la Fecafoot du secrétaire général de la LFPC en violation de l’article 40 alinéa 9 de ses propres statuts qui donne justement ce pouvoir au président de la Fecafoot. Mais il faut que la proposition ait été faite par le président de la LFPC.

Ce que dément catégoriquement la Fecafoot. Dans un entretien à Cameroon tribune le 1er octobre, son président indique que « la Fecafoot a accepté d’appliquer la sentence du TAS. Notre bonne foi est évidente et patente ». A Tsinga, on rappelle les mesures prises dans le cadre de la mise en œuvre de la sentence du TAS : dissolution du Comité technique de transition, la convocation du président de la LFPC en sa qualité de membre de plein droit à la session du Comité exécutif de la Fecafoot des 24 et 25 septembre, la convocation des 10 délégués de la LFPC en tant membres de plein droit à l’assemblée générale de la Fécafoot du 25 septembre et le rétablissement de la LFPC dans son mandat d’organisateur du championnat d’élite.

Age limite : 75 ans

Mais Seidou Mbombo Njoya précise : « En tant qu’institution faîtière, créatrice de la LFPC, la Fecafoot a le devoir de s’assurer qu’une gouvernance minimale acceptable prévaut à la LFPC pour lui permettre de jouir du mandat d’organisation et de gestion du football professionnel ». C’est que, insiste le président de la Fecafoot, le mandat des organes dirigeants de la LFPC est échu, de même que la majorité des membres du conseil d’administration n’ont plus qualité pour siéger.

Il fallait donc trouver un compromis. Ainsi, l’assemblée générale de la Fecafoot introduit une dérogation sur le critère qui aurait écarté le général Semengue, qui a 85 ans alors que les textes fixent la limite d’âge à 75 ans. Le compromis accepté par les deux parties le 25 septembre indique que « la nomination du SG de la LFPC est faite directement par le président de la Fecafoot par « souci d’économie des procédures” », insiste Seidou Mbombo Njoya. Et à la fin du Comité exécutif, les présidents de la Fecafoot et de la LFPC ont pris l’engagement solennel de tout mettre en œuvre pour « l’exécution de bonne foi » de ces résolutions.

« On veut sortir le général de la crise, mais lui s’obstine à vouloir nous mener vers l’impasse », se convainc-on finalement à la Fecafoot. Et de rappeler qu’à sa création par l’assemblée générale de la Fecafoot le 28 mai 2011, la présidence de la LFPC échoit au général Pierre Semengue, en raison de son expérience à la tête de la Ligue nationale de football d’élite (Linafoote). Son mandat, d’une durée de deux ans, ne peut être renouvelé. Il lui est formellement interdit d’être candidat à l’élection qu’il doit organiser au terme de son magistère. Mais force est de constater que près de 10 ans plus tard, il trône toujours à la tête de la LFPC.

Gouvernance chaotique

Au moins si son bilan était élogieux. Au contraire, le football camerounais est en pleine déchéance, marquée notamment par la baisse du nombre de clubs en compétitions africaines i de 4 à deux. C’est la résultante d’une gouvernance chaotique, qui se traduit par une profonde crise de confiance entre la LFPC et la majorité des clubs, le non-respect récurrent des textes de la LFPC à l’instar de la non-tenue des assemblées générale, l’inexistence d’un organigramme et d’un plan cohérent de gestion des ressources humaines, un format des compétitions sans fondement pertinent et de surcroit fluctuant, l’adoption de deux règlements de compétition pour le même championnat 2018-2019, l’incapacité à générer des ressources propres, etc. Pourtant, à sa création, la LFPC hérite de nombreux sponsors, dont le plus important est MTN Cameroon, qui verse près d’un milliard de FCFA chaque année. Des problèmes de gouvernance vont doucher l’enthousiasme de l’opérateur de téléphonie mobile. En effet, la LFPC est incapable de produire le compte d’emploi des ressources reçues. MTN claque la porte.

Le général prend mal ce tacle pourtant régulier et saisit le président de la République. « Dans sa correspondance, il se garde de poser le véritable problème pour se contenter d’indiquer que MTN refuse de financer le football. En réaction, le SG/PR saisit MTN et menace même de lui retirer son agrément s’il ne revient pas sur sadécisiom », confie une source. Le sponsor revient en 2015 en prenant soin de diviser son enveloppe par deux. Excédé par l’opacité de la gestion de la LFPC, il part définitivement moins de deux ans après. Ce départ laisse la Ligue désormais sans aucun sponsor, qui ne vit plus que des subventions de l’Etat et de la Fecafoot.

« Pour mieux comprendre la situation, il faut d’abord intégrer que pour le général, la Ligue n’est rien d’autre que sa chose. Et il est prêt à tout pour s’accrocher. Malheureusement, le gouvernement joue son jeu », souffle un président de club. A la Fecafoot, on note que le ministre des Sports et de l’Education physique s’invite dans une affaire concernant une fédération et son démembrement. Et c’est la Fecafoot qui est garante du fonctionnement de la LFPC.

Après avoir toléré pendant longtemps l’immixtion permanente de Narcisse Mouelle Kombi dans la gestion de la Fecafoot, Seidou Mbombo Njoya semble résolu à mettre fin à l’ingérence du Minsep. Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir sa réponse à l’invitation du Minsep au Groupe de travail ministériel chargé de l’application de la sentence du TAS. Dans une correspondance datée du 1er octobre, le président annonce que la Fecafoot ne prendra pas part aux assises du Groupe de travail « mis en place sans concertation avec la Fecafoot ».

Seidou Mbombo Njoya écrit : « Compte tenu des implications éventuelles de cette instance sur les rapports de la Fédération avec ses instances faîtières qui sollicitent des précisions sur les contours de ce Groupe de travail, il ne nous sera pas possible de prendre part à ces travaux ».

« Il est regrettable que le Minsep n’ait pas une mémoire des crises avec la Fecafoot, où il est clair que l’intimidation et les menaces ne fonctionnent pas », prévient un cadre de la fédération.

Source : Camerounweb.com

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