Société

Dieudonné Essomba au sujet de la grève des enseignants : « Le Gouvernement du Cameroun c’est une créature têtue ! »

L’économiste a analysé à la situation de instituteurs qui réclament au gouvernement depuis un mois.

DD Esso.jpgIl y a un mois, les instituteurs titulaires du Certificat d’aptitude professionnelle des instituteurs de l’Enseignement maternelle et primaire(Capiemp) depuis une dizaine d’années mais non encore recrutés à la Fonction publique, ont manifesté leur ras-le-bol devant le ministère de l’Education de Base.

Le chef du département ministériel a cru avoir apaisé les tensions en organisant une rencontre avec les grévistes. Mais depuis quelques jours, les mêmes enseignants ont investi le Premier ministère, preuve que le conclave d’avec le Pr Laurent Serge Etoundi Ngoa n’a pas porté de fruit.

Réagissant à cette actualité, Dieudonné Essomba pense qu’ « On y trouve de tout : l’échec des politiques de l’emploi, la corruption rampante, l’incohérence, le tribalisme, un entêtement schizophrène dans la centralisation à outrance qui alimente les partisans de la Sécession ».

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RECRUTEMENT DES INSTITUTEURS : J’AI VU TROIS CREATURES TETUES SUR LA TERRE !

Dans ma vie faite d’expériences et d’observations, j‘ai vu trois créatures sur la terre :

-J’ai vu les petits cabris, car ils sont têtus.

-J’ai vu les petits ânes, car ils sont têtus.

-Et j‘ai vu le Gouvernement du Cameroun : c’est une créature têtue !

Je ne comprends pas comment un Gouvernement persiste à montrer de manière récurrente le triste spectacle de ses échecs à travers cet ulcère du recrutement des instituteurs. On y trouve de tout : l’échec des politiques de l’emploi, la corruption rampante, l’incohérence, le tribalisme, un entêtement schizophrène dans la centralisation à outrance qui alimente les partisans de la Sécession.

Il y a deux ans, le Gouvernement organisait un concours pour le recrutement de 1.000 instituteurs. Ce concours vit 52.000 candidats tous titulaires de CAPIEMP et tous enseignant effectivement sous le statut bénévole de maîtres de parents d’élèves !

Un tel spectacle était absolument indécent, absolument humiliant pour un Etat qui prétend avoir une politique de l’emploi ! Comment imaginer qu’un pays qui a de si mauvais indicateurs de l’éducation se retrouve avec un tel chômage des jeunes formés justement pour l’éducation ?

Si les instituteurs au Cameroun sont au chômage avec de salles de classe remplies de 180 élèves, des Ecoles entières n’ayant que deux enseignants, dans quel autre secteur le Gouvernement peut-il prétendre résoudre de l’emploi ?

C’est de la blague pure !

Pourtant, ce que n’importe qui aurait trouvé anormal, le Gouvernement du Cameroun continue à trouver cela normal ! Il persiste à assurer lui-même ce recrutement à Yaoundé, aggravant l’image d’un Gouvernement paralysé par l’incompétence et la corruption.

Le récent recrutement des 3.000 instituteurs contractuels qui vient de se tenir a encore conforté le sentiment de l’extrême décomposition d’un système épuisé et impossible à relancer. Les listes affichées ont, une fois de plus, donné lieu à des plaintes et des manifestations bruyantes contre les abus et les tripatouillages de toutes natures. A la place des plus anciens instituteurs qui ont sacrifié leur vie à enseigner gratuitement les enfants et qui sont dans leurs dernières années de dernière chance, on est parti prendre de jeunes instituteurs au biberon !

Sur la base de quoi ? Personne ne sait ! Mais toujours alimenter le triste spectacle d’un système rongé jusqu’à la moelle par la corruption et la pourriture.

Et c’est ici que vient le principal reproche à adresser à ce système vermoulu : l’attachement schizophrène à la centralisation !

Voilà des années qu’on a adopté la décentralisation et qu’il avait été dit qu’en ce qui concerne l’éducation, la Commune s’occupe des Ecoles Primaires, les Régions s’occupent de l’Enseignement Secondaire et l’Etat s’occupe de l’Enseignement Supérieur.

On peut ne pas se satisfaire de cette répartition, mais au moins, elle se présentait déjà comme une avancée. Ce qu’on attendait con naturellement, c’est un transfert progressif du droit de recrutement des instituteurs aux Communes ?

Par cette démarche intelligente et honnête, le Gouvernement gagnait sur 4 plans :

-il donnait l’opportunité aux Communes de s’exercer et de renforcer leur administration, avec un personnel de qualité, ce qui leur permettait d’améliorer leur apprentissage de l’autogestion, suivant la règle : « c’est en exerçant qu’on apprend mieux » ;

-il se débarrassait de la terrible patate chaude de l’éducation, secteur social le plus complexe et le plus coûteux, et donc la gestion a toujours été le ventre mou des Etats centraux ;

-il évitait au Gouvernement l’humiliant spectacle d’une gouvernance effondrée, en dispersant la demande sociale des 60.000 instituteurs en chômage sur les 360 Communes du Cameroun, au lieu de la concentrer à Yaoundé en alimentant un sinistre sentiment de l’échec des politiques économiques ;

-il rassurait tous les Camerounais qui croient à la décentralisation et surtout, il asséchait le terrible argument des Séparatistes sur l’absence de toute volonté du régime à se délester de son pouvoir.

Hélas ! Plus renfermée qu’un œuf, la bureaucratie centrale a passé son temps à louvoyer, à travers de faux prétextes comme les textes qui ne sont pas prêts comme si on les confectionnait au ciel, le capital humain qui manquerait aux mairies comme si on ne trouvait pas de Camerounais capables, en dénonçant la mauvaise gouvernance des maires comme si l’Etat central était une icône de la bonne gouvernance.

Bref, tous les subterfuges des gens qui ne veulent rien faire et qui veulent gagner du temps !

On ne sait pas exactement ce que nous veut la bureaucratie de Yaoundé. Attend-elle que le pays s’écroule en lambeaux pour daigner accepter les réformes ? Qu’espère-t-elle vraiment ? Qu’on rentrera un jour sur un Etat centralisé où un Messie réfléchit pour tout le monde ?

On ne sait !

Ces gens ont marqué leur hostilité radicale au fédéralisme, mais au moins, qu’ils appliquent la décentralisation qu’ils ont eux-mêmes acceptée !

Eux-mêmes l’ont dit : l’enseignement primaire opérationnel est géré par le Communes. Remettez la part des ressources correspondant à chaque Commune et on quitte sur ça !

Ne présentez plus ce lamentable spectacle dans la capitale, où de jeunes gens viennent des 475.000 km2 pour venir chanter en chœur et à Yaoundé l’échec du Renouveau !

C’est absolument indécent et honteux !

Quel est cet incroyable entêtement ?

Dieudonné Essomba


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Source : Lebledparle.com

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