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Côte d’Ivoire : De gros risques suite à la menace d’arrestation de Bédié

Alassane Ouattara se permettra-t-il d’engager des poursuites contre son ex-allié ?

La menace d’arrestation du président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda), Henri Konan Bédié dit HKB, évoquée, de façon voilée, dans un communiqué officiel, par le gouvernement, fait peser, sur le pays, depuis quelques jours, quelque chose de fâcheux à craindre.

La peur est présente dans certains esprits, à l’idée de savoir ce qu’il pourrait advenir de l’interpellation de l’ancien chef de l’État, dont le gouvernement dit « qu’il est justiciable, comme tout le monde ».

Chez des militants du Pdci-Rda, le fardeau moral est difficile à supporter, mais ils se disent déterminés « à offrir leurs corps et à donner leur poitrine » en bouclier pour protéger leur «Sphinx».

Dans une déclaration publiée, le samedi 8 juin 2019, le gouvernement d’Amadou Gon Coulibaly a condamné les propos du président du Pdci, comme étant d’une extrême gravité. « Ces propos d’une extrême gravité, appelant à la haine de l’étranger, sont de nature à mettre en péril, au-delà de la paix et de la cohésion sociale, l’unité nationale et la stabilité du pays », avait estimé Sidi Tiémoko Touré, le porte-parole du gouvernement ivoirien, ministre de la Communication et des médias, rappelant « à tous que le racisme, la xénophobie, le tribalisme et la discrimination raciale ou religieuse sont constitutifs d’infractions prévues et punies par la loi pénale ».

En sortant le tranchant de la justice contre Henri Konan Bédié, président d’un Pdci-Rda dont les militants forment, en partie, l’ossature sociologique de la nation ivoirienne, des Ivoiriens sont à se demander si le gouvernement pourra mettre à exécution sa menace, sans jeter de l’huile sur le feu qui couve.

Henri Konan Bédié, ancien chef de l’État, « prince Nambê », ‘’l’âme protectrice’’ du grand centre, figure tutélaire de militants et militantes du Pdci, peut-il être placé en détention en Côte d’Ivoire sans que l’équilibre et la stabilité ne soient gravement affectés ? Une action d’arrêter Henri Konan Bédié pour l’emprisonner peut-elle s’opérer sans que la cohésion sociale ne soit traversée par la turbulence ? HKB peut-il simplement être convoqué par la justice ivoirienne sans que la paix sociale ne s’enrhume ?

Des Ivoiriens pensent que le gouvernement n’est pas une bête sans cornes pour s’aventurer dans cette « corrida politique » très risquée avec le président du Pdci, car elle pourrait lui être préjudiciable. C’est vrai que l’annexe au décret n° 2006-263 du 23 août 2006, pris pour l’application de la loi n° 2005-201 du 16 juin 2005 relativement au statut d’anciens chefs de l’État, notamment en ce qui concerne l’obligation de réserve à laquelle ils sont astreints et leur statut pénal, est sans ambiguïté. L’ancien président de la République de Côte d’Ivoire est « tenu à l’obligation de réserve pour toutes les questions relatives à la conduite des affaires de l’État et à la stratégie économique, touchant à la sécurité de l’État et au secret défense… »

Le veto constitutionnel

Mais, la difficulté ici pour le gouvernement, s’il s’évertuait à opposer à Bédié cette disposition, c’est que ce dernier est ancien chef de l’État, doublé de président élu d’un parti politique légalement constitué. Une autre difficulté se présente face au gouvernement, s’il voulait mettre Bédié en prison. La procédure, pour y parvenir est longue et semée d’incertitudes. Il est vrai, l’ancien président de la République ne bénéficie d’aucune immunité de juridiction, postérieurement à l’exercice de son mandat. Mais, la « poursuite ou l’arrestation de l’ancien président de la République est soumise à une procédure spéciale ». Néanmoins, la même loi dit : « aucun ancien président de la République ne peut être poursuivi ou arrêté à raison des faits criminels ou délictuels, par lui commis, qu’avec l’autorisation de l’Assemblée nationale ».

En clair, pour poursuivre ou arrêter Henri Konan Bédié, il faut un accord préalable de l’Assemblée nationale. En l’état actuel de la situation socio-politique du pays marquée par des affrontements intercommunautaires, Alassane Ouattara se permettra-t-il d’en rajouter, en actionnant la justice pour arrêter son ex-allié ? Pas si sûr. Il est clair que le chef de l’État a pris toute la mesure des risques qui pourraient résulter d’une arrestation de Bédié, pour ne pas franchir le pas.

Évidemment, s’il ne met pas à exécution les menaces proférées par le gouvernement à l’encontre du président du Pdci, certains va-t-en-guerre verront en lui, un chef d’État courageux en paroles voire en menaces qu’en acte. Mais, en définitive, il aura épargné son pays de tumultes inutiles à l’approche des élections présidentielles de 2020.

Recevant une délégation de son parti politique, en sa résidence de Daoukro, le mercredi 5 juin 2019, Aimé Henri Konan Bédié, ancien chef de l’Etat et président du Pdci, a déclaré, entre autres : « … on fait venir des étrangers armés qui sont stationnés maintenant dans beaucoup de villages… »; « … il faut simplement que nous soyons conscients, car le moment venu, nous agirons, pour empêcher ce hold-up sur la Côte d’Ivoire, sous le couvert de l’orpaillage … ».

Pour sa part, le Secrétaire exécutif en charge de l’Information, de la communication et de la propagande du Pdci-Rda, Jean-Louis Billon, a réitéré l’attachement de Henri Konan Bédié à la préservation de la paix, à la sauvegarde de la cohésion sociale et à la défense de l’unité nationale, lors d’une conférence publique qu’il a animée, lundi 10 juin 2019, au siège de son parti à Cocody. L’ancien ministre d’Alassane Ouattara a évoqué « un mauvais procès fait au président Bédié », après la condamnation par le gouvernement, de ses propos polémiques contre les étrangers, à 16 mois de l’élection présidentielle, lors de la réception d’un groupe de militants à Daoukro. M. Billon a dit déplorer « ce mauvais procès » face aux problèmes évoqués par le président de son parti, à savoir les conflits inter-communautaires, l’orpaillage clandestin et les nombreux cas de fraude, selon lui, sur l’identité ivoirienne. Au dire de Jean-Louis Billon, « le porte-parole du gouvernement a délibérément choisi des morceaux des propos du président du Pdci sortis de leur contexte, pour en faire une exploitation tendancieuse à l’effet de ternir son image et de porter atteinte à son honorabilité ». « Le Pdci s’étonne et s’indigne du mauvais procès qui est fait au président Henri Konan Bédié…Contrairement à cette accusation à la fois calomnieuse et démagogique, le président Henri Konan Bédié n’a fait que porter à l’attention de l’opinion nationale et internationale, des faits troublants et récurrents vécus par les populations ivoiriennes, et qui suscitent de véritables inquiétudes », a soutenu M. Billon. « Le Pdci n’a pas peur de la menace pénale quand il exprime librement son opinion dans un pays dit démocratique », a poursuivi M. Billon, insistant que M. Bédié « n’est pas raciste et xénophobe ».

Jean-Louis Billon a conclu en saluant la « clairvoyance et le sens de l’anticipation » de M. Bédié, sur les grandes questions de la vie de la nation ivoirienne.

Source : Rumeurs d’Abidjan.net

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