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Caricatures, dessin-animés… quand le Moyen-Orient prend la plume

Les caricatures sont très populaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L’un des dessinateurs satiriques les plus connus de la région c’est le Palestinien Naji al Ali. A partir des années 60 il a critiqué sans crainte dans ses dessins, les régimes arabes, et Israël, avant d’être assassiné en 1987. Le sort des caricaturistes politiques de la région n’est pas simple. Nombre d’entre eux subissent la censure, la persécution, la prison, ou parfois pire, pour le seul fait d’avoir pris la plume. Le dessinateur politique soudanais Khalid Albaih vit au Danemark. Ses caricatures et ses critiques de l’ancien président Omar al-Bashir l’empêchent de vivre dans son pays d’origine.

Khalid Albaih est né en Roumanie, il a grandi au Qatar, et, avec un père diplomate, il a toujours baigné dans le milieu politique. A travers ses innombrables expositions et les réseaux sociaux, il a tenté sans relâche de montrer la vérité sur le Soudan et sur la région au sens large. Son travail a notamment été largement repris et diffusé par les manifestants lors du printemps arabe. Khalid a aussi créé une plateforme numérique, FADAA. Elle met en lien les artistes avec des mécènes qui leur proposent des lieux pour présenter leur travail. Son but est de développer une communauté artistique dans la région Moyen-Orient Afrique du Nord, et de promouvoir leur liberté d’expression.

Pour en savoir davantage sur son travail, Khalid a répondu à nos questions à distance.

Rebecca MacLaughlin Eastam : Vous croyez que la liberté d’expression est à la fois une arme et un pouvoir que possèdent les artistes politiques et les dessinateurs comme vous. Mais quelle responsabilité découle de ce pouvoir ?

Khalid Albaih : La liberté d’expression est un vaste problème et il y a beaucoup de débats autour de cette question ; sur les limites que vous vous fixez ou que les autres fixent pour vous. Mais je crois que pour un dessinateur politique indépendant, le plus important c’est la connaissance. Je crois que la connaissance du sujet traité est importante. Etre conscient des conséquences que pourraient avoir ce que vous faites ou dîtes… Et savoir ce que vous voulez faire de ce pouvoir… c’est très important.

RMLE : Le Printemps arabe a fait naître une révolution politique mais aussi créative et sociale. Vous êtes devenu célèbre pendant cette période. Pensez-vous toujours que le dessin politique ou le travail satirique que vous faites peuvent faire changer les choses ?

KA : Je crois que le Printemps arabe a été l’un des événements les plus importants de ma vie, l’un des plus importants pour ma génération et surtout l’art était au premier plan.

Pour moi, le Printemps arabe continue. Ce qui a découlé du printemps arabe est toujours là de différentes manières. Je crois que le dessin portera toujours un message fort parce que c’est une manière directe de véhiculer un message. Le dessin satirique n’est pas du journalisme, ce n’est pas pleinement de l’art, c’est entre les deux, donc nous parlons à tout le monde.

RMLE : Vous vivez et travaillez au Danemark. Comment la diaspora soudanaise vit elle les événements politiques de ces dernières années dans votre pays ?

KA : La diaspora soudanaise a eu un grand impact sur ce qui s’est passé au Soudan l’année dernière, c’est-à-dire, la révolution qui a mis fin à 30 ans de dictature d’Omar Al-Bashir.

Concrètement ce que nous avons fait en tant que diaspora, c’est d’essayer de dire au monde ce qui se passait au Soudan, où la plupart des infos que l’on reçoit sont négatives. Et aujourd’hui nous essayons de dire le positif, de construire une révolution pacifique. Nous essayons autant que possible de commencer un nouveau monde parce que nous savons tous ce que ce pays pourrait faire, ce que cette nation pourrait construire et quel bien nous pourrions faire pour le monde aussi.

Mettre en lumière des sujets tabou

Dooa el-Adl est l’une des dessinatrices égyptiennes les plus connues et influentes en Egypte. A travers ses dessins, elle combat avec courage les stéréotypes religieux et politique, et n’a de cesse de mettre en lumière le sort des femmes dans son pays en traitant de sujets tabous comme le divorce ou les violences conjugales. Pour elle qui a commencé il y a 13 ans, les problèmes récents viennent de groupes politiques et religieux qui menacent sa sécurité et essaient de la faire taire.

« Quand les Frères Musulmans étaient au pouvoir, j’ai fait des dessins contre eux. Je les ai critiqués, et ils m’ont accusé d’insulter l’Islam, ce qui est faux. Parce que j’ai critiqué la façon dont ils mélangent religion et politique. Ils utilisent tout le temps la religion pour convaincre les gens sur un sujet politique. Donc je continue et je dessine davantage », explique-t-elle.

Des caricaturistes politiques comme Khalid et Doaa s’attirent les foudres de certains, mais leur travail permet de mettre en lumière les problèmes de leur pays.

Des dessins animés locaux

Les Schtroumps et Dany le petit tigre d’Amérique du Nord font partie de l’univers des enfants aujourd’hui. Notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Pourtant ces personnages de dessins-animés ne leur ressemblent pas et ne parlent pas la même langue. Ne trouvant pas de contenu divertissant et éducatif pour enseigner l’Arabe à son fils, ce père de famille jordanien a créé son propre personnage. C’est en chantant et jouant de la guitare pour Adam qu’Ibrahim Taha a trouvé son personnage d’Adam Wa Mishmish.

« Je crois que les contenus sont pauvres en langue arabe en particulier en ce qui concerne la musique. Je ne comprends pas pourquoi on a toujours des mélodies bons marchés et des voix trop aigües. C’est qu’Adam WaMishMish propose : l’écriture d’une musique intelligente pour des enfants intelligents », explique Ibrahim Taha.

Le dessin animé en arabe présente Adam dont le jouet en peluche Mishmish prend vie dans ses rêves. Tous deux se lancent alors dans des aventures et apprennent la vie en chansons. Aujourd’hui il y a 8 saisons d’Adam Wa MishMish à la télévision, sur internent et les réseaux sociaux. Un dessin animé qui apprend aux enfants du monde entier, les chiffres, les lettres et les instruments de musique de la culture arabe. Pour Luma, la mère d’Adam et directrice du programme, ce dessin animé apprend surtout aux enfants à s’aimer comme ils sont. « Je crois qu’en tant qu’Arabe nous avons ce complexe d’être moins bien qu’un tel ou un tel des pays occidentaux. Et nous regardons rarement de programme de grande qualité qui nous représentent. Donc on finit par éprouver du ressentiment et même par se sentir inférieur », estime-t-elle.

Selon une étude l’université américaine de Tufts, la question de la représentation dans les médias dès le plus jeune âge est essentielle pour établir la confiance en soi d’un enfant. Selon cette étude, un enfant qui voit une représentation négative de lui-même ou qui ne voit personne qui parle comme lui, ou lui ressemble, peut alors se sentir invisible ou lui faire éprouver de la honte jusqu’à l’âge adulte.

Proposer du contenu stimulant et éducatif pour les enfants, c’est ce que font les EAU depuis 40 ans avec le très apprécié Majid, d’abord personnage de bande-dessinée, puis de dessin animé. Depuis les années 80, les enfants du Moyen-Orient ont grandi avec cet enfant de 11 ans et sa bande d’amis. Aujourd’hui, le scénario a évolué et le groupe qui crée Majid, basé à Abu Dhabi a su écouter les enfants pour réécrire ses scriptes. Majid souhaite s’inscrire dans le temps comme contenu intelligent pour les enfants.

Source : africanews.com

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