Tunisie : recrudescence des cas de torture et de morts en détention, selon Amnesty International

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L’ONG de défense des droits de l’homme s’inquiète d’un « retour en arrière » en Tunisie, pays frappé à trois reprises en 2015 par des attentats terroristes.

« Des cas de torture et de morts en détention semblent indiquer la reprise d’une répression brutale », signale Amnesty International dans un article publié sur son site, le 14 janvier, date d’anniversaire de la chute de Ben Ali.

Ces pratiques ne doivent pas « devenir des caractéristiques de la Tunisie de l’après-soulèvement », s’inquiète l’ONG, la lutte contre le terrorisme pouvant servir de prétexte à un retour aux vieilles méthodes abhorrées de l’ère Ben Ali.

Dix décès en détention depuis 2011

Dans le cadre d’une mission, effectuée en décembre dernier, une équipe d’Amnesty International a recensé « au moins dix décès (…) en détention depuis 2011 dans des circonstances n’ayant pas donné lieu à de véritables enquêtes, ou n’ayant pas débouché sur des poursuites pénales ».

Comme Sofiene Dridi, arrêté à son arrivée à l’aéroport de Tunis le 11 septembre 2015 après avoir été expulsé par la Suisse et décédé moins de trois jours après sa comparution devant le tribunal et son transfert à la prison de Monarguia, signale l’ONG, à titre d’exemple.

Technique du « poulet rôti », torture à l’électricité…

« D’après certains témoignages, des détenus ont été soumis à des décharges électriques, notamment sur les parties génitales, et ont été maintenus dans la position douloureuse dite du « poulet rôti », dans laquelle poignets et chevilles sont attachés à un bâton » décrit Amnesty  International. « Certains ont également été giflés ou forcés à se déshabiller, et leurs geôliers ont proféré des menaces contre leur famille afin de les forcer à signer de faux aveux », ajoute l’ONG.

Nouvelle loi antiterroriste et « mesures inquiétantes » 

Alors que la Tunisie a été frappée l’an dernier par trois attaques majeures du groupe terroriste État islamique (EI), Amnesty exhorte à ne pas « utiliser » la lutte sécuritaire « comme prétexte à un retour en arrière ». L’ONG déplore l’adoption de « mesures inquiétantes », dont la nouvelle loi antiterroriste de l’été 2015, qui prévoit 15 jours de garde à vue sans avocat.

Dans le cadre de l’état d’urgence réinstauré fin novembre après un attentat suicide à Tunis (12 gardes présidentiels tués), il a été procédé à « des milliers de descentes et arrestations », tandis que « des centaines d’autres » ont été placés en résidence surveillée, rappelle l’ONG.

En l’absence de « réformes essentielles », dont Amnesty s’était fait l’écho dès 2011, « il existe un risque réel que cette réaction violente mal avisée ne fasse régresser la Tunisie jusqu’au point où elle se trouvait il y a cinq ans », prévient le directeur régional adjoint de l’ONG, Saïd Boumedouha.

Jeune Afrique

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