Sénégal : WIRI-WIRI et le recours contradictoire aux religieux, c’est quoi le projet ?

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La question me semble tellement sérieuse  que j’ai décidé pour une fois de rompre avec l’édito-poétisé pour renouer avec le texte prosaïque. La série WIRI-WIRI a un franc mérite pour ce qui est de sa conception, son originalité et son contenu. Personne ne dit le contraire. Mais la parution de religieux intervenant sur des questions purement jurisprudentielles semble impertinente en ce sens qu’elle n’a jamais permis de lever la plus petite équivoque.

Pourtant l’intention ou dirais-je l’idée est à saluer. Dans un pays à majorité musulmane, il est louable de tendre le micro aux savants et érudits afin que des réponses soient données à des questions qui rythment la vie d’une société. Mais quand cette entreprise, si noble soit-elle, se heurte à des contradictions et polémiques de la part même de ceux qui doivent nous éclairer, il n’en vaut plus la peine. L’islam peut s’apprendre dans les medersas et les émissions radiophoniques religieuses alors point besoin de séries, n’est-ce pas !

En vérité, ce n’est pas la première fois que les acteurs de WIRI-WIRI font appel aux islamologues sur la question du mariage. Dans la première saison de la série, l’invite a été faite à oustaz Pape Hann de la Tfm afin qu’il dît si Cheikhouna avait divorcé Soumboulou du point de vue purement islamique. Et la réponse qu’il en donna allait dans le sens contraire de celle d’un autre oustaz de la même boîte, Assane Seck, également sollicité par les acteurs. Si l’affaire n’avait pas provoqué un tollé chez les  juristes islamiques, c’est visiblement parce que la deuxième réponse semblait complémenter sinon corriger la première qui souffrirait de quelques confusions.

Mais pour le cas évoqué dans la deuxième saison et sur lequel les gens n’ont pas fini d’épiloguer, WIRI-WIRI a plus créé de problèmes qu’il n’en a résolus. En faisant intervenir Oustaz Makhtar Sarr d’abord puis le marabout Ahmed Khalifa Niasse, déconstruisant tout ce que le premier a dit, les concepteurs de la série n’ont guère aidé les profanes sur la litigieuse question du mariage entre le « fils du violeur » et la « fille violée ». Pourtant dans la vie réelle, il ne manque pas de personnes qui cherchent des réponses car vivant la même situation. Mais tout ce que la série semble leur enseigner avec ce tohubohu c’est : « choisissez la version qui vous arrange » !

L’intervention des religieux, si elle est sous-tendue par le dessein de vouloir parfaire la société, doit être repensée et ne doit jamais être sujette à polémiques. Quand l’on sait qu’il y a quatre grandes écoles de jurisprudence en islam, il ne devrait pas être choquant d’entendre des versions différentes. Toutefois, dans un pays où la plupart se réfèrent à l’idéologie Malikite, on doit se garder de créer des confusions avec des explications tirées d’autres idéologies sans préciser leur provenance. L’islam d’ailleurs accepte la différence de points de vue entre les oulémas et le prophète en disait que c’est de la miséricorde (rahma).

Au demeurant, le recours pédagogique aux religieux dans ladite série est une impertinence puisque très incohérent. Dans un programme aussi suivi que celui-ci, peu de marge doit être donné à l’improvisation surtout en matière de religion qui du reste demeure très sensible. Etant entendu que la religion n’est pas une affaire d’opinion personnelle et que le premier sollicité a ouvert un livre authentique devant tous les téléspectateurs pour en lire un passage, la réponse devait suffire à étancher la soif de ceux qui cherchent réponses. Tout n’est pas question d’interprétation, ma foi ! Mais, il faut le reconnaître, il y a des desseins inavoués dans chaque action et dans WIRI-WIRI on a besoin de savoir : c’est quoi le projet ?

Ababacar GAYE

Source : SeneNews.com

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