Sénégal : Démocraties d’Afrique : la tyrannie des alternances sans alternative crédible

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L’Afrique a tout ce qu’il lui faut pour amorcer son développement, mais son décollage effectif reste encore et toujours hypothétique faute d’un leadership fort et éclairé. Le développement du continent est soumis au manque d’ambition et parfois de vision de sa classe dirigeante qui a  du mal à transformer durablement la vie de sa population.

Les ressources humaines de qualité, formées à bonne école, ne manquent pas en Afrique, les ressources naturelles sont disponibles en abondance… Même si dans bien des cas, on est tristement confronté à ce que les anglophones appellent de manière très imagée et  à juste titre «a paradox of plenty» ou paradoxe de l’abondance. C’est en d’autres termes ce qui est communément appelé «la malédiction des ressources naturelles».

Tout compte fait, tout le potentiel est disponible sur le continent. Mais qui pour transformer durablement le potentiel en développement réel pour  améliorer les conditions de vie des populations d’Afrique ? Car, en effet, c’est ce leadership éclairé qui fait défaut. Et c’est là où les politiques sont attendus par leurs populations.  Sauf que la politique, sous nos cieux, on la fait pour avoir un job confortable et tous les privilèges qui y vont avec. On entre  en politique pour régler un problème alimentaire, avoir des honneurs, ensuite caser les copains et les coquins, les familles et les belles familles, les cousins et les neveux. Au fil des alternances, on  peine à percevoir de vraies ruptures.

Les alternances dans un pays démocratique, c’est une excellente chose. D’ailleurs dans certains pays comme le Chili, les mandats présidentiels sont au nombre de deux, mais pas de manière consécutive. Ce qui a permis à Michel Bachelet, à la fin de son premier mandat à la tête du Chili,  d’aller travailler aux Nations Unies avant de venir postuler, à nouveau pour se faire réélire, après qu’un autre Chilien a dirigé

Les alternances  évitent l’usure du pouvoir, comme disait hier une responsable politique du parti de Jean Pierre Bemba sur France 24, ça apporte un bol d’air à la démocratie et lui permet de respirer. Seulement les Africains ne devraient pas se contenter de faire des alternances vaille que vaille, mais des alternances qualitatives source de changement qualitatif aussi.

«Le dégagisme» à tout prix

Malheureusement, le triste  constat est qu’à chaque fois qu’on en a assez d’un homme et de son régime, on se focalise sur l’alternance peu importe le profil de l’aspirant. Et on ne semble pas chercher au-delà de l’alternance, l’alternative crédible et prometteuse, porteuse de ce changement qualitatif.

En effet, lorsqu’Y en a marre d’un régime, on va donner carte blanche à la personne la mieux placée pour faire dégager le régime en place sans  trop se poser de questions sur l’aptitude réel de  la solution de rechange. Des politiciens eux-mêmes ont toujours joué sur cela. De fait, une fois,  le régime dont on en a assez est «balayé», à l’œuvre, on déchante très vite de l’action du nouveau régime.  C’est après coup que la population se rend vite compte qu’elle a fait un mauvais casting. Et là, on ne marque pas un temps d’arrêt pour réfléchir sérieusement à une alternative crédible et sérieuse. On est un peu comme dans la précipitation pour faire dégager celui dont on estime qu’il était un mauvais choix. Alors, on va essayer de nouveau,  trouver la personne à même de dégager celle qui est aux affaires. In fine, on se retrouve avec une alternance sans une alternative crédible.

On va d’alternance en alternance, sans réelle transformation de la société. C’est valable  pour plusieurs pays africains et ce, depuis des décennies. Cela n’est même pas propre au pays dont l’expérience démocratique est fragile. Même les pays qui sont cités comme soit modèle soit laboratoire sont dans le même cercle infernal. Au Sénégal, on peut le dire de Wade à Macky Sall, peut-être même du   régime socialiste au régime libérale de façon globale.

Au Bénin, c’est d’ailleurs comme cela qu’un Patrice Talon est arrivé au pouvoir au Bénin. Et après deux ans, les Béninoises  qui subissent de plein fouet sa politique de «la ruse et de la rage» pensent à  trouver un bon «dégagiste» à la prochaine présidentielle, pour le bouter dehors. Ils  ne se soucieront sans doute pas du profil du tombeur.

Dans plein  de pays du continent, c’est pratiquement au même scenario que l’on assiste. On peut citer pêle-mêle le Mali, Madagascar, Nigeria, le Burkina Faso, le Benin de Soglo et de Kérékou et même le Sénégal de Wade à Macky.

Au Mali par exemple, les Maliens ont élu IBK pour,  entre autre régler le gros problème la sécurité et l’unité nationale, mais son bilan sur ce point reste mitigé après ce premier mandat.

A contrario,  Paul Kagamé qui fait tout pour  prolonger son bail à la tête du Rwanda, transforme considérablement  son pays sur bien des plans. Il est accusé de tous les péchés d’Israël, diabolisé par les Occidentaux, mais  on ne remet pas en cause les bons points de l’ancien rebelle marque. Il n’y a pas d’alternance chez lui depuis son avènement met il place son pays en orbite sur plusieurs plans. Une nation qui innove. La voie est toute tracée. De ce  fait, lorsque surviendra l’alternance, le nouveau venu ne fera que suivre la vois qui est déjà toute tracée.

Il faut préférer de loin, Paul Kagamé à quelque comme son homonyme Paul, le gérontocrate Biya qui dirige de Cameroun depuis les palaces suisses et qui semble avoir perdu le sens de la réalité à force d’usure du pouvoir.

Par Noël SAMBOU

Source : SeneNews.com

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