Sénégal : ContributionL’OPPOSITION EN VACANCES ?  (Par Moustapha Diop)

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Vacances gouvernementales : 60 années après notre indépendance, voici un legs post-colonial à implémenter à nos spécificités. Est-il convenable qu’en ces périodes charnières où les problématiques hivernales sont des plus saillantes, de s’y soustraire et de convoler vers des farnientes (people) ? En effet, cette facette de nos us et coutumes institutionnels, a toujours « vidé » l’essentiel de notre exécutif durant ces périodes très névralgiques. Dès lors, pourquoi ne pas réadapter ce rituel, aux exigences de nos vicissitudes hivernales. L’on se souvient des vacances écourtées des présidents Wade et Macky aux pics des inondations massives de 2009 et 2012, pour gérer en catastrophes des situations qui, à ce jour, ne sont pas toujours domptées.

Mais enfin, pour charger leurs batteries, (Macky Sall et son gouvernement) ont jugé utile de décompresser suite à une saison sociale et politique mouvementée. Au grand dam cependant des populations qui se sentent lasses et délaissées, impuissantes faces à ces récurrents déficits d’ordre structurant. Notamment, la lancinante question de l’eau pour laquelle, le ministre avait promis la fin du calvaire pour le 20 juillet, pour finalement, se rabattre sur la notion de « Démocratisation de la rupture et de la distribution de l’eau ».

Une option de vacances qui contraste avec les pitoyables vécus quotidiens d’un pays dit émergent qui caracole vers une croissance à (2) chiffres. Il ne manquerait plus que de croiser dans les ruelles de la capitale et des dédales de la grande banlieue, ces pittoresques personnages maures ‘’djiay n’dox ‘’ bidons de fer de 20 litres en équilibre sur la tête, pour se croire aux années 60/70 : l’époque des bornes fontaines publiques.

A propos de ces vacances gouvernementales, il est dit que ses membres ne seront pas tout à fait en villégiature, puisqu’ils sont « instruits » à descendre à leurs bases politiques respectives (par ces temps torrides) pour davantage apporter aux militants les éclaircies concernant le parrainage (qui a fini de diviser la classe politique et de déboussoler les citoyens par sa nébulosité). Evidemment que les populations ont compris que, ce n’est encore là, qu’un justificatif édulcorant.

A cette recherche journalière traumatisante du liquide précieux, viennent s’ajouter, les résultats amplement catastrophiques des examens du Baccalauréat et du BEFM. Un échec élevant l’échelle des déceptions dans les chaumières. Persuadant des parents d’élèves que leurs enfants ont été sacrifiés sur l’autel des compromissions qui ont « permis de sauver la face d’une situation accablante » en échappant de peu à une indéniable année blanche, suite à (4) mois de grève. Pour demander après cela aux élèves, de se démener sur un bout de quantum horaire pour avoir leurs parchemins. Un bien coupable alternatif, cela va sans dire.

Ces pourcentages déficitaires qui qualifient le niveau de l’enseignement intermédiaire de notre pays (longtemps sur le podium africain) de l’excellence, est en soit, le marqueur d’une problématique qui ne saurait se suffire de placébos : intervention entre autre de la première dame (pour concilier les deux parties belligérantes : gouvernement et syndicats d’enseignement) pour juguler une situation chronique qui s’épaissit année après année.

Et si les potaches fulminent et dissertent sur les causalités de leurs échecs, d’autres préoccupations tout aussi cruciales et basiques guettent encore les parents d’élèves – Chefs de famille : la Tabaski, qui ne sera pas (une fête) pour eux. Une appréhension nourrit par une difficulté d’acquisition de son mouton et d’être valsé par de fortes spéculations qui vont sévir. La cause : les fortes pluies de contre-saison du mois de juin qui ont décimées une bonne partie du cheptel au nord du pays, avec son cohorte de pénurie d’aliments de bétail.

Un nord du pays, décidemment pas bien loti, où persistait selon une forte rumeur, l’existence de famine. Rumeur, longtemps démentie par le gouvernement qui, tout au contraire, s’extasiait sur des records de productions vivrières jamais atteints depuis notre indépendance. Une situation qu’il ne pouvait cependant continuer de nier, devant l’irréfutable constat de l’organisme Onusien (FAO).

Cette situation est tout aussi alarmiste que la pénurie d’eau et les inondations pour être gérer à distance, malgré l’allocation en toute urgence d’appuis financiers pour tempérer les états d’états des éleveurs et nourrir les ruminants. Tout naturellement, la mal gouvernance fut l’exutoire tout trouvée pour contenir ces récurrences sociétales : « gouverner c’est prévoir ! ».

Ainsi donc, face à ces conjonctures hivernales ; l’opposition, à l’image du gouvernement, ira-t-elle en vacances pour recharger ses batteries ? Il lui en est tout à fait loisible. Où, optera-t-elle,- de camper et d’occuper activement et permanemment ce terrain social en constante ébullition – ? Un sacerdoce ou une aubaine politique ? L’un dans l’autre, cette époque-ci est cruciale. L’opposition se devrait de la verser dans l’immensité des tâches qui l’attend. Des tâches que l’on peut qualifier de « Travaux d’Hercule ».

Bien que, les pressions socio-économiques et politiques, combinées à une opinion publique de plus en plus revendicative et citoyenne, peuvent lui servir de terreau ; l’opposition se doit de vite convaincre et de rassurer le peuple sur leurs capacités à proposer des alternatifs issus d’une stratégie inclusive, preuve de leurs capacités de dépassement des divergences clivant et d’égos surdimensionnés. C’est bien là, la seule façon d’étrenner l’onction populaire en attendant le grand chelem. Car au-delà des stratégies et des certitudes frivoles, le peuple est et restera le seul Maître des Urnes.

Point de vacances donc pour l’opposition ; d’autant qu’elle ne puisse s’adosser ni compter sur aucune facilité ni raccourci, contrairement à son challenger Macky Sall – garant de l’administration, des collectivités locales, des forces de sécurité, (Président du conseil supérieur de la magistrature). Et, cerise sur le gâteau, détenant «Une palette très alléchante agrémentée de pétrole et de gaz», qui peut lui permettre quelques ‘’jongleries’’ dans sa gouvernance, sans trop de remontrances, de la part d’une communauté internationale, une certaine presse et d’une société civile (très dilettante) à son sujet -comparativement à la furie anti-Wade de 2012 -.

Moustapha DIOP 

Source : SeneNews.com

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