Qui était Winnie Mandela, la femme guerrière!

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Décédée à l’âge de 81 ans ce lundi 2 avril 2018, Winnie Mandela a été une femme guerre qui s’est battue contre l’apartheid. Aujourd’hui, toute l’Afrique pleure une icône qui a œuvré pour l’égalité des races.

On adore souvent des femmes noires pour les ro?les politiques importants qu’elles ont assume?s dans l’Histoire. Peu d’entre elles ont, comme Winnie Mandela, subi et surmonte? autant d’e?preuves. Premie?re partie de la biographie de Winnie Mandela, ou? celle-ci montre les traits de celle qui est, aujourd’hui, l’un des plus grands personnages de l’Histoire de l’Afrique.

• L’ENFANCE

Nomzano Winifred Zanyiwe «Winnie» Madikizela-Mandela est ne?e le 26 septembre 1936 a? Bizana (re?gion du Transkei, Afrique du Sud????????). Son pe?re, Kokani Columbus Madikizela, e?tait un instituteur d’ethnie Xhosa issu du clan Pondo. Sa me?re, Nomathasanga Gertrude Mzaidume, e?tait fille d’un colon anglais????????et d’une femme Xhosa. Premie?re femme enseignante dans le district de Bizana, elle restera toutefois me?re au foyer pour donner naissance a? ses six enfants, dont Winnie e?tait l’avant-dernie?re. Le couple Madizikela e?tait pluto?t occidentalise? dans son style de vie, s’habillant et priant a? l’occidentale.

Le fait que sa me?re aurait pre?fe?re? accoucher d’un fils pluto?t que de Winnie contribue a? faire de celle-ci un garc?on manque?. Elle joue et se bat avec les garc?ons, se forgeant, par la me?me occasion, un caracte?re que son pre?nom Nomzano (« la battante » en langue xhosa) annonc?ait de?ja?.

Winnie Madizikela grandit dans le contraste entre le foyer occidentalise? de ses parents et le mode de vie traditionnel de sa grand-me?re, Sinya. Cette dernie?re est ouvertement hostile aux Blancs. Elle est la premie?re a? en parler a? Winnie. Pour celle que l’on surnomme « Makhulu » (grand-me?re), les Blancs sont des singes, voleurs, cupides, briseurs de l’Ubuntu, l’harmonie originelle des peuples bantous d’Afrique du Sud.

Plusieurs fois au cours de son enfance et de son adolescence, Winnie fait l’expe?rience du rejet des Noirs envers les Blancs. C’est ainsi que Makhulu voyait sa belle-fille me?tisse Nomathasanga (la me?re de Winnie) qu’elle appelait « Mhlungu », un terme de?pre?ciatif pour de?signer les Blancs.

En 1944, alors que sa me?re vient d’accoucher de ce second fils tant de?sire?, Thanduxolo, elle meurt d’une tuberculose. Bien que doue?e a? l’e?cole, Winnie doit interrompre ses e?tudes pour s’occuper de son fre?re et accomplir les ta?ches me?nage?res. Elle a 8 ans.

L’anne?e suivante, elle re?inte?gre l’e?cole, mais doit retourner a? la maison l’anne?e d’apre?s pendant six mois. Elle ne peut y retourner qu’en profitant de l’absence de sa sœur, malade. Malgre? son retard initial, elle devient l’une des rares e?le?ves de sa classe a? re?ussir les examens finaux. Son pe?re, fier de sa fille, abat un mouton en son honneur. Winnie de?crit cette e?ve?nement comme le plus beau jour de sa vie. Jusqu’en terminale, Winnie figure parmi les plus brillantes e?lle?ves de sa classe.

Elle est alors perturbe?e par le harce?lement du directeur adjoint de l’e?cole a? son endroit. Lors de la campagne de de?fi lance?e par l’ANC de Nelson Mandela au pouvoir se?gre?gationniste sud-africain en 1952, alors que le personnel de l’e?cole et la plupart de ses e?le?ves se joignent au mouvement, elle refuse et se pre?sente aux examens. Elle a en effet conscience du sacrifice de ses parents pour l’envoyer a? l’e?cole. Une fois son baccalaure?at obtenu, elle n’a aucune ide?e de son avenir.

Son pe?re l’envoie alors a? Johannesburg pour e?tudier dans une e?colle d’’assistantes sociales. Pour cela, il s’arrange pour lui fournir un faux certificat de naissance.

• L’ARRIVÉE À JOHANNESBURG

Dans sa nouvelle e?cole, Winnie souffre biento?t de la comparaison avec les autres filles. Elle, la villageoise de la re?gion du Transkei, est entoure?e de filles a? la fe?minite? occidentalise?e. Toutefois, au bout de quelques mois, gra?ce a? sa camarade de chambre Sarah, elle se me?tamorphose en beaute? urbaine. Elle montre aussi de grandes aptitudes pour la danse, les sports physiques et la bagarre, gagnant au passage les surnoms d’« Amazon Queen » et de « Lady Tarzan ».

Elle fait la connaissance d’e?tudiants d’universite?s, approche des mouvements comme le Mouvement de l’Unite? des Non-Europe?ens et fre?quente les townships. En 1955, elle revient dans sa re?gion natale du Transkei pour y effectuer son stage de fin d’e?tudes. Lorsqu’elle y apprend qu’elle est promise a? un mariage arrange? a? un chef, elle fuit pour Johannesburg, comme l’avait fait son futur mari Nelson quinze ans plus to?t.

Son pe?re lui pardonne, notamment parce qu’au terme de son cursus, elle obtient le prix de lla meilleure e?le?ve et se voit proposer une bourse d’e?tudes aux E?tats-Unis. Au me?me moment, elle rec?oit une proposition de travail dans le plus grand hôpital d’Afrique, Baragwanath, a? 70 kilome?tres de Johannesbourg.

A? un moment ou? le « Bantu Education Act (une loi laissant la voie a? un apartheid scolaire et e?ducatif) vient d’e?tre amende?, ces opportunite?s arrivent a? point nomme?. Penchant pour son pays, elle est conforte?e dans son choix par son pe?re. Elle inte?gre l’ho?pital de Baragwanath, le premier ho?pital pour Noirs du pays.

• POLITISATION ET MARIAGE

A? l’ho?pital, elle est confronte?e aux difficulte?s sociales du petit peuple sud-africain, notamment les femmes. Elle s’engage personnellement en faveur de jeunes me?res et acquiert un semblant de popularite? parmi les activistes noirs de la ville. Progressivement, elle se politise.

En 1956, Winnie a 20 ans. Elle rencontre Nelson Mandela dans un magasin. Elle est avec Adelai?de, sa camarade de chambre, et son mari Oliver Tambo, coproprie?taire du cabinet d’avocats Tambo-Mandela. Malgre? les seize ans qui les se?parent, Nelson Mandela, qui est de?ja? une figure ce?le?bre de la communaute? noire, marie? et pe?re de trois enfants, a le coup de foudre. Winnie commence a? le fre?quenter, tout en sortant avec Kaizer Matanzima, un cousin de Nelson. Elle fre?quente aussi un e?tudiant du nom de Barney. A? la suite d’un diffe?rend avec son cousin au sujet de la jeune femme, Nelson Mandela fait valoir le droit d’ai?nesse pour forcer Kaizer a? y renoncer.

Le 10 mars 1957, un an jour pour jour apre?s leur premie?re rencontre, Mandela demande Winnie en mariage, ce qu’elle accepte, avouant plus tard son amour fou pour lui. Barney, foudroye? par la nouvelle, tente de se suicider. Winnie restera un certain temps a? son chevet.

Nelson, re?cemment divorce? et accuse? de haute trahison contre l’E?tat, est sans ressources. Ce qui ne l’empe?che pas de vivre sa romance avec Winnie, sortant et dansant re?gulie?rement a? Johannesbourg et fre?quentant des personnes de toutes origines ethniques et sociales.

Winnie se lie notamment d’amitie? avec Lilian Ngoyi, la premie?re femme e?lue a? la te?te de l’ANC et ancienne mai?tresse de Mandela. Celle-ci contribue a? son inte?gration dans l’ANC. Apre?s que son pe?re a accepte?, non sans peur pour sa fille, son mariage avec Nelson Mandela, de?sormais aussi connu que harcele? par la police, le couple ce?le?bre un mariage traditionnel a? Bizana et doit en faire de me?me a? Qunu, le fief des Mandela. Mais Nelson, a? cause de contraintes judiciaires, ne peut s’y rendre. Cet empe?chement fera dire a? Winnie que leur mariage n’a pas e?te? conside?re? comme valide par les anciens.

De retour a? Johannesburg, le couple s’installe dans une petite maison du quartier de Soweto (South West Township) chez la me?re de Nelson, Fanny Nosekeni. Confronte?s a? l’e?troitesse de la maison, Winnie l’agrandit en de?molissant un des murs. Le couple ne survit que gra?ce au salaire de Winnie, que Nelson dilapide souvent en grande partie.

Winnie Mandela est l’une des premie?res femmes a? e?tablir un contrat de mariage.

Enceinte de?s 1958 et contre les recommandations de son e?poux, elle de?cide de participer a? une manifestation contre le port du pass, un document payant impose? aux Noirs pour circuler. L’absence de son port pouvait conduire a? une mise en prison. A? la suite de la manifestation, elle est emprisonne?e pendant deux semaines et y fro?le la fausse-couche. Suite a? son incarce?ration, elle perd son emploi a? l’ho?pital Baragwanath, qui lui reproche d’e?tre une «agitatrice communiste». Ce renvoi, et celui de deux de ses amies infirmie?res blanches, fait du bruit dans la presse sud-africaine blanche. Devant l’indignation qui suit cet incident, Winnie retrouve un emploi dans la Johannesburg Child Welfare Society, une association caritative.

De?but 1959 nai?t le premier enfant du couple, Zenani, pour laquelle Winnie refuse les coutumes et traitements traditionnels souhaite?s par sa belle-me?re. En 1960, Winnie obtient du premier coup son permis de conduire, donc son inde?pendance de de?placement. Cette me?me anne?e, le gouvernement sud-africain finalise la loi du Bantu Self Government. Il s’agit, en fait, pour favoriser la mainmise des Afrikaners sur les richesses du pays, de cre?er des e?tats pe?riphe?riques fantoches qui permettrait a? chaque groupe ethnique du pays de vivre un de?veloppement se?pare? : ce sont les fameux bantoustans. En pays Pondo s’e?tablit une re?sistance a? la loi, qui commet des exactions contre les «collaborateurs au syste?me». Makhulu, la grand-me?re de Winnie, est transperce?e d’une lance lors d’une de ces attaques. Elle de?ce?dera quelques mois plus tard. Le pe?re de Winnie rejoint le bantoustan du Transkei, ce que sa fille conside?rera comme une trahison.

L’infa?me massacre de Sharpeville ou?, en mars 1961, une manifestation contre le port du « pass » de?ge?ne?re en bain de sang, avec la mort de plusieurs dizaines de manifestants, le climat se durcit encore. Le re?gime sud-africain est critique? a? l’e?chelle internationale, et des e?meutes e?clatent dans les townships. Dans le cadre d’un e?tat d’urgence de?cre?te? par le gouvernement, Nelson Mandela est envoye? en prison. Winnie, enceinte pour la deuxie?me fois, doit se de?brouiller avec sa fille. Elle donne naissance a? sa deuxie?me fille «Zindzi» Zindziswa, dont Nelson, absent lors de l’accouchement, doute dans un premier temps de la paternite?. Quand Nelson est innocente? de son accusation de haute trahison en 1961, il re?alise qu’il est dans la ligne de mire de l’E?tat et adopte un style de vie clandestin pour mener a? bien ses projets activistes.

• PENDANT LA CAVALE DE NELSON MANDELA

Entre mars 1961 et aou?t 1962, Nelson Mandela joue a? un ve?ritable jeu de cache-cache avec la police. En janvier 1962, il se permet me?me de narguer les autorite?s sud-africaines en voyageant dans plusieurs pays d’Afrique ou? il fera des apparitions publiques.

De son co?te?, Winnie subit le contrecoup de la frustration de la police sud-africaine ridiculise?e par son mari. Sa maison est re?gulie?rement mise a? sac par les autorite?s. Nelson dira de Winnie qu’a? cette e?poque, elle se conduisait autant «comme un soldat que comme une e?pouse». A? son retour, malgre? la traque dont il est l’objet, Nelson Mandela reverra sa famille a? plusieurs reprises.
Ces rencontres auront lieu dans la ferme de Joe Slovo, un militant communiste blanc ayant rejoint l’ANC. Ces rencontres dans cette «bulle
idyllique» constitueront, dans la me?moire de Winnie et de Zenani, de rares bons moments de vie de famille.

Le 5 aou?t 1962, Nelson Mandela est arre?te? pour circulation sans papiers et incitation a? faire gre?ve. Lors de son proce?s ou? il sera condamne? a? cinq ans de prison, il assure sa de?fense en tenue royale Xhosa. Winnie vient le soutenir habille?e d’une tenue traditionnelle, mais son initiative est refuse?e par les autorite?s. Elle reviendra le lendemain habille?e en vert, jaune et noir, les couleurs de l’ANC par signe de de?fi.

Le 11 juillet 1963, une grande partie des dirigeants de l’ANC est arre?te?e pour des projets dits « terroristes ». Durant cette pe?riode, Winnie alterne force et faiblesse face aux nombreuses difficulte?s auxquelles elle est confronte?e. Elle se laisse abuser et manipuler par des espions, qui lui soutirent des informations sur les actions et les militants de l’ANC. Elle doit pourtant continuer a? faire vivre le mythe de Nelson Mandela, de?tenu a? la prison de Robben Island, comme symbole du combat, plus que jamais d’actualite?, contre l’apartheid.

• PENDANT L’INCARCÉRATION DE SON ÉPOUX

Apre?s la condamnation de Nelson, Winnie est interdite de sortie de Johannesburg. En aou?t 1964, elle obtient toutefois une autorisation pour lui rendre visite au Cap.

Pour rejoindre la prison de Robben Island, Winnie doit voyager pendant vingt heures. En outre, le couple n’a le droit d’e?changer que deux lettres par an et de ne se rencontrer que deux fois l’anne?e. Une fois sur place, les conditions sont tout sauf intimes. Les e?poux ne doivent communiquer qu’a? haute voix et en anglais pendant seulement trente minutes. Les lettres sont censure?es, voire de?chiquete?es.

A? son retour, elle trouve une nouvelle fois sa maison mise a? sac par la police. Isole?e, elle est a? nouveau manipule?e par Brian Somana, un militant de l’ANC qu’elle pre?sentera comme un indicateur s’e?tant rapproche? d’elle pour transmettre des informations a? la police. De cette affaire nai?tra une autre pole?mique, celle d’une liaison entre les deux, ce que niera Winnie.
En 1965, Winnie est interdite de sortie de son quartier, ce qui lui fait perdre son emploi d’assistante sociale. D’autres opportunite?s professionnelles suivront, mais elle devra y renoncer faute de re?mune?ration correcte ou a? cause de ses employeurs, peu enthousiastes a? l’ide?e de travailler avec la femme de Nelson Mandela.

Faute de moyens et confronte?e aux renvois de ses filles de divers e?tablissements sous la pression des autorite?s, elle se re?signe a? envoyer Zenani et Zindzi dans un pensionnat au Swaziland. Entre-temps, Winnie a fait l’expe?rience de la violence la plus crue. En cassant le bras d’un policier qui l’avait brutalise?e sans raison ; ou encore en voyant une arme pointe?e sur elle par sa fene?tre juste avant que le tireur ne s’enfuie; en envoyant en un seul coup au tapis un policier de?barque? la nuit chez elle et l’ayant prise par l’e?paule alors qu’elle n’e?tait pas habille?e. Durant cette pe?riode difficile, elle de?pend de l’aide de ses amis, comme le photographe Peter Magubane, ne trouvant plus de soutien dans l’ANC, largement de?capite?.

Deux ans apre?s sa premie?re visite, Winnie se rend a? nouveau a? Robben Island, pour y retourner en 1967 et 1968.

Winnie, avec d’autres femmes, comme Helen Joseph, milite en solidarite? avec les de?tenues de la Fe?de?ration des femmes sud-africaines. Mais elle est a? nouveau abuse?e par un indicateur de la police sud-africaine, Andries Mahanyele. Il est le principal te?moin a? charge du proce?s de Winnie en 1969, a? l’issue duquel elle est envoye?e en prison pour vingt-trois mois dans des conditions de?plorables.
De?but 1970, elle est l’objet de violentes tentatives de meurtre dans sa maison. C’est sa jeune fille Zindzi qui, a? 12 ans, e?criit a? l’ONU et a? la Croix-Rouge pour demander une protectiion policie?re pour sa me?re, ce qui est freine? par les autorite?s sud-africaines. Re?duite a? se de?fendre avec des bergers allemands offerts par des amis, elle les perdra tour a? tour, empoisonne?s.

En octobre 1970, elle est condamne?e a? six mois de prison avec sursis pour avoir abrite? sous son toi?t quatre de ses parents. Peu apre?s, elle obtient la permission de revoir son e?poux en prison ce me?me mois pour la cinquie?me fois. A son retour a? Johannesburg, elle fait une crise cardiaque, a? 32 ans, a? laquelle elle survivra.

En octobre 1974, elle est condamne?e a? six mois de prison pour e?tre entre?e en contact avec son ami photographe Peter Magubane, en de?pit du bannissement auquel elle avait e?te? astreinte douze ans auparavant. Alors que le re?gime sud-africain est criminalise? et boycotte? a? l’e?chelle quasi internationale, Winnie est e?lue « femme de l’anne?e 1974 » en Grande-Bretagne.

• L’INCARNATION DE L’ESPOIR

A? sa sortie de prison en 1975, elle de?couvre le mouvement de Steve Biko, le Black Consciousness Movement auquel elle adhe?re pleinement, forte de la leve?e de son interdiction de «bannissement». Au contraire de leaders de l’ANC, qui y voient une organisation rivale, le Black Consciousness Movement pro?ne l’unite? contre l’apartheid. Biento?t, elle se mue en principale leader de la lutte contre l’apartheid. Elle est e?lue pre?sidente de la Fe?de?ration des Femmes Noires et fait part a? son e?poux, lors d’une visite fin 1975, de l’e?mergence d’une nouvelle ge?ne?ration de jeunes militants noirs de?termine?s et en cole?re, ge?ne?ration avec laquelle Nelson va chercher a? entrer en contact.

Comme dit plus haut, le gouvernement sud-africain avait mis en place, depuis 1953, le Bantu Educatiion Act, avec, entre autres, un de?partement consacre? a? la formation estudiantine des Noirs. Le ro?le de ce de?partement e?tait de cre?er un programme scolaire re?pondant a? «la nature et au besoin des e?tudiants
noirs». L’auteur du programme, Henrik Verwoerd (pronazi convaincu pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui devint par la suite Premier ministre d’Afrique du Sud????????), de?clarait alors : «On doit enseigner aux Noirs de?s leur plus jeune a?ge que l’e?galite? avec les Blancs ne leur convient pas.»

Le 16 Juin 1976, alors que de jeunes Noirs manifestent a? Soweto contre cette de?cision administrative injuste qui inclut l’enseignement impose? de l’afrikaans dans les e?coles noires, 152 enfants sont tue?s par la police. La re?volte, appuye?e par l’indignation ge?ne?rale face a? ce massacre, s’e?tend au-dela? de la re?gion faisant, au total, plus de 700 morts et des milliers de blesse?s. Face a? l’ampleur du drame, le re?gime de John Vorster (pre?sident pre?ce?dant Botha) est contraint de retirer la circulaire sur l’afrikaans.

Winnie est, quant a? elle, accuse?e par les autorite?s d’e?tre a? l’origine de la re?volte. Elle est condamne?e a? cinq mois de prison.

Cinq mois apre?s sa sortie, elle est enleve?e avec ses filllles et force?e par l’E?tat a? emme?nager a? Brandfort, une petite ville en pays afrikaner a? plus de 300 kilome?tres de Johannesburg. Alors que les conditions y sont ve?tustes et l’environnement humain hostile, elle parvient, en forc?ant le respect des autorite?s, a? ame?liorer ses conditions de vie et a? rallier la cause de nombreux de ses concitoyens. Elle tient te?te au policier attache? a? sa surveillance, l’appelant par son pre?nom et obtenant par voie le?gale son retrait. Elle de?fie les lois d’apartheid en pe?ne?trant dans les supermarche?s re?serve?s aux Blancs, faisant fuir d’effroi les Blanches sur place. Elle apprend le sisotho, la langue de la plupart des Noirs de la ville, ce qui la rapproche d’eux. En 1978, Zenani tombe enceinte et demande a? ses parents de se marier avec le prince Thumbuzi du Swaziland, un des nombreux fils du roi de ce pays. L’anne?e suivante, elle donne naissance a? une petite Zazizwe. Peu apre?s, Zindzi est embauche?e comme re?dactrice magazine de mode.

Winnie, de son co?te?, redouble d’activite?s a? Brandfort pour ame?liorer son quotidien et celui de ses fre?res noirs. Aide?e par des dons exte?rieurs, elle assume les ro?les d’assistante sociale, de conductrice de bus scolaires, d’agricultrice, apporte les premiers soins aux malades et des denre?es alimentaires.

Vivant de ses prestations d’assistante sociale a? son compte, elle rencontre Chris Hatting, un me?decin britannique qui soutient politiquement et financie?rement. Il lui propose un emploi, mais de?ce?de peu apre?s dans des circonstances fort suspectes. Elle continue ses activite?s, rec?oit des te?le?visions et «transforme» sa maison en salle de projections. A? la fin des anne?es 70, elle devient la personnalite? noire la plus importante du pays, selon des sondages.

Voila? la premie?re partie de la vie bien remplie d’une ve?ritable combattante, qui, si elle s’e?tait arre?te?e la?, tro?nerait sans doute au-dessus de celles des Hatshepsout, des Nzinga ou des Candace. Mais celles-ci ont l’avantage d’une histoire si lointaine qu’elle s’est confondue au mythe, et que leurs de?fauts ont, depuis, disparu. Winnie n’a pas eu cette « chance », comme on le verra dans une deuxie?me partie

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