Procès Gbagbo: des diplomates occidentaux déballent tout sur Soro

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Gildas Lelidec, ancien ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, fait partie de ces diplomates qui ont suivi tout ou presque toute la crise ivoirienne, depuis 2002. Son témoignage est plus que poignant.

«Qu’est-ce qui s’est passé le 6 novembre 2004 ? Vers 13 heures 30 ou 40, les deux sukhoï bombardent le camp français de Bouaké, tuent neuf soldats et un américain. Trois quarts d’heure ou une heure après, l’ordre est donné par le président de la République française de détruire les sukhoï », explique-t-il avant d’en donner quelques détails importants.

«Je vais voir Gbagbo à quatre heures ou cinq heures de l’après-midi,les Lycées français sont déjà en flammes et la foule se précipite vers le 43è Bima. Le problème qui se pose au général Poncet, c’est qu’il est retranché au 43è Bima et il n’a pas 300 militaires parce que toute la force Licorne est déployée tout le long de la zone de confiance. Donc le seul moyen qu’il avait, c’était de les arrêter au pont (bombarder les ponts, ndlr).

Parce que s’ils passaient le pont, il ne leur fallait pas une demi-heure pour prendre le camp. Ils auraient pris Bima et auraient planté le drapeau. C’était Dien Bien Phu qui recommençait en 2004 à Abidjan.» Une affaire de territoire et de souveraineté. Poncet a donc fait tuer des pauvres jeunes ivoiriens parce qu’il craignait qu’ils plantent un drapeau ivoirien au 43ème Bima.

Mais lorsque les chars français se retrouvent devant la résidence de l’ancien chef de l’Etat Ivoirien, les choses prennent une autre allure. Selon Gildas Lelidec : « Alliot-Marie a dit que c’était pour protéger l’ambassadeur de France ; on a aussi dit que c’était une jeep de l’Onuci qui avait mal guidé les chars français. » Une version à laquelle le diplomate français ne croit pas du tout.

«Je ne crois absolument à aucune de ces versions», a-t-il martelé dans une interview qu’il a accordée à un confrère en ligne le 06 mars 2015.

L’ancien ambassadeur français est loin de croire aux déclarations des autorités politiques et militaires d’alors. «Moi, insiste-t-il, je me pose une question : pourquoi ils se sont engagés dans la rue du bélier qui est une rue très étroite ? Et puis, les chars, quand ils étaient en attente devant le palais présidentiel, avaient l’opercule ouvert. C’est dire que c’est un char qui est en position de tir. »

On le voit, le coup était bien préparé.
La plupart des dirigeants français avaient choisi Ouattara. Pour Gildas Lelidec, faire de Ouattara le président de la République de Côte d’Ivoire était une décision arrêtée par les autorités françaises. Ceux-ci, aux dires du diplomate français, ont bénéficié du soutien combien important de la presse occidentale. «Je suis d’accord avec ce que les gens disent», relate-t-il. «La presse a certainement joué un rôle pour Ouattara. Mais déjà, dans l’esprit des dirigeants français, on était pour Ouattara».

La raison de ce choix purement affectif, Lelidec va la chercher dans les fonctions internationales occupées par Ouattara, mais aussi ses accointances avec des autorités françaises. «Ouattara avait été fonctionnaire international, il était copain avec Sarkozy et quelque part, c’est vrai, Ouattara était programmé.» Programmé pour devenir président de la République de Côte d’Ivoire.

Election ou pas élection, victoire ou pas victoire, il devait succéder à Laurent Gbagbo. Par tous les moyens. Jacques Chirac n’était pas forcément dans une dynamique d’Alassane Ouattara, lui qui vouait une inimitié sans limite à Gbagbo. «Chirac, lui, n’est pas dans le complot pro-Ouattara. Il se méfiait tout autant de Gbagbo que de Ouattara.Mais Sarkozy, lui, était totalement pro-Ouattara. Ils étaient voisins à Neuilly, raconte Gildas Lelidec, qui ajoute «… Certainement les journalistes ont nourri la haine anti-Gbagbo et ce sentiment pro-Ouattara, c’est sûr.»

Pour le diplomate français anciennement en fonction en Côte d’Ivoire, il y a eu une méprise sur la personnalité de Laurent Gbagbo. «Y a eu une énorme mésentente, un énorme quiproquo sur l’image de Gbagbo. Parce que Gbagbo est un homme extrêmement courtois, extrêmement drôle, extrêmement éduqué qui peut, comment on dit en français, vous faire du charme, totalement vous embarquer.» Quelle description !

C’était quoi la préoccupation de Gbagbo au milieu de tout ça ? Lelidec en parle : «Son problème était de parer les coups, d’essayer de deviner. Alors, c’était un très beau joueur d’échec. Il avait des coups d’avance, il savait ce qu’allait faire Ouattara, ce qu’allait faire Bédié ; il se méfiait de Soro.».

C’est donc cette capacité d’anticiper les événements qui le rendait si charismatique et insaisissable. L’image que l’ancien ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, se fait de Wattao, des com’zones et de la Cpi se passe de commentaire. «Quand vous voyez Wattao, ce type hirsute qui aujourd’hui devrait être à La Haye, tous ces gens-là devraient être à La Haye; si on met Gbagbo, il faut aussi mettre tous ces com’zones à qui Ouattara a donné une totale impunité. C’est ce qui rend la farce de La Haye totalement scandaleuse, totalement déséquilibrée.»

Robert Bourgi, c’est ce célèbre avocat français qui connait parfaitement le milieu de la Françafrique. Il est à la fois ami d’Alassane Ouattara et Nicolas Sarkozy. Dans une interview accordée au magazine Newafrican, Robert Bourgi soutient que c’est Nicolas Sarkozy qui a détruit Laurent Gbagbo lors de la crise ivoirienne de 2010-2011.

Faut-il le rappeler, le bombardement de la résidence de l’ex-chef de l’Etat et son transfèrement illégal à la Haye ont cassé le mandat présidentiel de Gbagbo. Bourgi n’est pas du tout tendre avec son ami Sarkozy : «J’en veux à Sarkozy d’avoir détruit Gbagbo», affirme-t-il.

Mieux, selon Robert Bourgi, «Laurent Gbagbo n’a pas perdu les élections» face à Ouattara en 2010-2011. Quand de telles déclarations viennent d’un ami commun à Ouattara et Sarkozy, qui est par ailleurs un rompu des arcanes de la Françafrique, on ne peut que faire allégeance à ses déclarations. A la vérité, selon les dires de ce célèbre avocat français, les autorités ont installé de force Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire, là où Gbagbo avait gagné les élections. Pour la première fois, Bourgi dit ouvertement ce qu’il a tenté en privé afin de sauver Laurent Gbagbo.

«J’ai essayé de sauver Laurent jusqu’au bout. Sarkozy ne m’a pas écouté. Les forces contre moi étaient beaucoup plus puissantes qu’on ne le croit. Je ne pouvais pas lutter à armes égales. J’ai tout fait pour sauver Laurent et j’ai échoué.».

Voilà la vérité. Sur cette position, il n’y a aucun doute ! D’autant plus que depuis la fin de la crise, Sarkozy lui-même a déclaré clairement : «On a enlevé Laurent Gbagbo et on a installé Alassane Ouattara».

Robert Bourgi, comme Gildas Lelidec et bien d’autres diplomates à travers le monde, ne rêve plus que de la libération de Gbagbo. «Je voudrais revoir Gbagbo dans son pays», dit-il. Il imagine ce retour triomphal, immense et historique. Pour lui, il s’agira d’un «retour qui drainera des foules immenses». Si le procès traine, si l’on refuse toujours la liberté même provisoire à Laurent Gbagbo, c’est justement parce que «cela fait peur à Alassane Ouattara», explique Robert Bourgi. Et pourtant, les temps ont changé. Et il faut bien que Gbagbo et Blé Goudé soient libérés pour absence de preuves pour les chefs d’accusation qui les ont conduits à la Haye.

Paolo Sannella

Paolo Sannella, cet ancien ambassadeur italien en Côte d’Ivoire a affirmé avoir vécu la douloureuse histoire de la Côte d’Ivoire.
image: https://www.civox.net/photo/art/default/7737567-11977318.jpg?v=1430364947

Pour le diplomate, on commence à faire la lumière et on commence à démonter le château de mensonges sur lequel s’est construite l’image de Laurent Gbagbo qualifié abusivement de dictateur. Les témoins de ces faits se déplacent, sans apporter la preuve de leurs témoignages.

Pour sa part, le diplomate russe, bien avare en commentaires des faits qu’il vit, n’avait aucune autre position que celle de son pays sur la crise ivoirienne.

Il raconte comment son pays entretient d’excellentes relations avec la Côte d’Ivoire sous la gouvernance du président Laurent Gbagbo. «Les deux parties ont eu des discussions très intéressantes…».

CamerounWeb.com

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