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Présidentielle en Tunisie : Karoui à l’offensive après sa libération

Le candidat au second tour de la présidentielle en Tunisie Nabil Karoui a accusé jeudi soir son rival, le juriste Kais Saied, d‘être un “bras” du parti d’inspiration islamiste Ennahdha, vainqueur des législatives avec 52 sièges au parlement.

“Kais Saied est l’un des bras d’Ennahdha comme c‘était le cas avec Moncef Marzouki”, ancien président de la Tunisie, a estimé ce publicitaire dans une première interview accordée à une chaîne de télévision locale privée, au lendemain du coup de théâtre de sa libération.

M. Karoui a affirmé que son parti Qalb Tounes, deuxième force au parlement avec 38 sièges, “n’entrera jamais dans un gouvernement d’Ennahdha” qui “n’a rien fait pour les Tunisiens” depuis la révolution de 2011.

Il a accusé de nouveau “la coalition au pouvoir” d‘être derrière sa détention, considérant qu’il était “un prisonnier politique”.

“Il n’y a eu aucun arrangement”, a-t-il assuré quelques heures avant à la presse, après des commentaires évoquant de possibles négociations politiques, dans le cadre des tractations en cours pour former un gouvernement. “C’est la justice qui m’a libéré, la justice indépendante”, a ajouté le candidat, qui avait dénoncé une arrestation “politique”. 

“J’espérais que ces élections soient reportées d’une semaine pour que le peuple tunisien puisse voir et comparer”, a lancé M. Karoui. “Il reste un jour ou deux mais on va mener la bataille et on va gagner!”. 

M. Karoui, un homme d’affaires controversé poursuivi pour blanchiment et fraude fiscale, est sorti mercredi soir de la prison de la Mornaguia, près de Tunis, où il était en détention depuis fin août. Libéré sur décision de la cour de cassation, ce fondateur de la chaîne Nessma TV reste inculpé.

“Rien n’est joué”

Du fait de son incarcération, M. Saied, un indépendant qui prône une nouvelle révolution par le droit, avait lui décidé de se mettre en retrait ces derniers jours.

La campagne a en outre été entrecoupée d’un scrutin législatif, le 6 octobre, qui a encore brouillé le paysage politique, avec un nouveau Parlement dominé par le parti d’inspiration islamiste Ennahdha mais écartelé entre de multiples formations.

Point d’orgue de la fin de campagne, un débat télévisé qui doit opposer vendredi soir le flamboyant magnat des médias à l’austère enseignant de droit – un rendez-vous inédit en Tunisie et rare dans le monde arabe.

“La libération apaise les tensions, car le jeu déséquilibré entrainait des risques inquiétants d’annulation du scrutin”, souligne Selim Kharrat, analyste politique. 

“M. Karoui va tenter de rattraper le retard qu’il affichait dans les sondages, mais rien n’est joué, d’autant qu’un report de voix plus fort s’annonce en faveur de Kais Saied”. Plusieurs partis dont Ennahdha ont effet appelé à voter pour lui.

Meetings vendredi

Vendredi, le publicitaire a prévu de se rendre dans sa ville natale de Bizerte (nord), avant un grand meeting en plein centre de Tunis en fin d’après midi.

Poursuivi pour fraude et blanchiment depuis 2017, M. Karoui a été interpellé à un péage d’autoroute le 23 août, dix jours avant le début de la campagne pour le premier tour — laissant craindre une instrumentalisation de la justice par le politique.

Face à lui, Kais Saied, dépourvu de structure partisane mais arrivé en tête du premier tour après une campagne de terrain discrète mais intense, devait aussi reprendre ses visites.

Il est également attendu dans le centre de Tunis vendredi en fin d’après midi pour un dernier rassemblement, selon des partisans.

Les sept millions d‘électeurs se rendent aux urnes dimanche pour la troisième fois en un mois, après des scrutins ayant exprimé un ras-le-bol de la classe politique, qui peine à répondre aux attentes sociales de la population neuf ans après la révolution. 

Les multiples rebondissements de la présidentielle ont relégué au second plan les législatives, un scrutin pourtant crucial pour la jeune démocratie tunisienne, où la transition née de la révolution de 2011 est fragilisée par un chômage et une inflation persistants.

Selon les résultats publiés mercredi par l’instance électorale (Isie), le parti Ennahdha est arrivé en tête avec 52 sièges, très loin de la majorité de 109 voix nécessaire pour former seul un gouvernement.

Des tractations avaient débuté avant même cette proclamation officielle, avec des interrogations sur une éventuelle alliance entre Ennahdha et Qalb Tounes —scénario que les deux camps ont pourtant exclu durant la campagne—, ou un éventuel gouvernement de technocrates.

AFP

Source : africanews.com

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