La Guinée s’enlise dans la crise

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La Guinée s’enlise dans la crise

Mansour Fadiga

La contestation politique est venue se greffer à la mobilisation syndicale. Lundi 12 mars, d’importantes manifestations ont éclaté dans la capitale. Mais la colère des Guinéens vient de loin. Ils voient leurs conditions de vie se dégrader alors que leurs dirigeants et les sociétés étrangères s’enrichissent.

La vague de contestation se poursuit à mesure que la situation politique se dégrade. « La Guinée est au bord du chaos. Les entreprises nationales croulent sous une fiscalité exorbitante et désordonnée. Le président de la République est hué à chacune de ses apparitions publiques. La crise dans l’éducation s’amplifie, laissant planer le spectre d’une année blanche. Les forces de défense et de sécurité sont sous pression à force de tuer sur ordre leurs frères et sœurs guinéens », résume amèrement le député Ousmane Gaoual, vice-président de la commission Défense et Sécurité.

Des milliers de personnes ont manifesté lundi 12 mars à Conakry pour réclamer la fin d’un conflit qui perdure depuis un mois dans l’enseignement, alors que l’opposition a appelé à faire de la capitale guinéenne une « ville morte » pour protester contre les résultats de récentes élections locales.

Déclenchée par une frange dissidente du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), la grève des enseignants paralyse le système éducatif depuis un mois. Samedi 10 mars, ils ont notamment rejeté la proposition de sortie de crise du gouvernement.

Chômage endémique
À cela s’ajoutent les manifestations ayant éclaté après les élections locales du 4 février, remportées par le parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). « Les magistrats ont failli à leurs missions, ils ont été complices ou acteurs des magouilles qui ont eu lieu dans les commissions administratives de centralisation des votes. Nous enverrons une délégation pour discuter avec la CENI [Commission électorale nationale indépendante]. S’ils examinent de manière responsable le dossier, ils se rendront compte que les résultats proclamés n’étaient pas le reflet des résultats sortis des bureaux de vote », a déclaré Cellou Dalein Diallo, chef de file de l’opposition.

Mais la crise politique et sociale en Guinée vient de loin. En septembre dernier, deux personnes ont trouvé la mort et 77 autres ont été blessées dans la région de Boké (nord-ouest du pays) lors d’importantes manifestations populaires. Dans une région où le courant électrique n’est distribué que de 19 heures à 1 heure du matin, les manifestants réclamaient l’accès à l’électricité et de meilleures conditions de vie. Ils refusaient également les inégalités en matière de revenus et d’accès à l’emploi dans un contexte de forte affluence de sociétés minières étrangères.

Extrêmement riche en bauxite, la région de Boké affiche un chômage endémique, et ce malgré la présence de grandes sociétés d’exploitation chinoises. Pour le journaliste Mamadou Aliou Diallo, cela s’explique par l’attitude des nouvelles sociétés, très différente de celle de leurs prédécesseurs.

Traitements « inhumains et dégradants »
« Contrairement aux sociétés traditionnelles comme le consortium CBG et le géant russe Rusal, qui eux font des opérations sur la chaîne avec un process de transformation préalable, la SMB [principale société chinoise d’exploitation minière en Guinée] se contente de transporter sans aucun traitement préalable la terre rouge guinéenne vers la Chine, où se fera la transformation. Ce sont au passage des milliers d’emplois qui sont perdus dans la nature », explique le journaliste.

Mais les rares Guinéens qui ont la « chance » de travailler pour les sociétés chinoises dénoncent quant à eux les traitements « inhumains et dégradants » qui leur sont infligés. « Ici, nous travaillons comme des robots, et cela dix heures par jour. La journée ou la nuit, qu’il pleuve ou qu’il neige, tu dois être à ton poste sans pour autant avoir des équipements adéquats. Ici, on ne tombe pas malade et il n’y a pas d’excuses pour n’importe quel travailleur. Sinon, tu ne seras pas payé. Même si ton bras se coupe pendant le travail, si le lendemain tu ne viens pas travailler, tu ne seras pas payé », a confié à Guinée Matin un travailleur de la SMB.

La crise sociale guinéenne est dès lors alimentée par les excès des groupes miniers chinois, qui ne respectent ni le Code du travail ni les normes environnementales locales. La pollution est en effet de plus en plus insupportable pour les populations et représente une véritable menace pour leur santé. « Lentement mais sûrement, l’Empire du Milieu est en train de faire main basse sur les ressources minières de la Guinée, dont les autorités continuent à lui dérouler le tapis rouge », regrette Mamadou Aliou Diallo.

D’où la colère des Guinée contre leur gouvernement, qui prétend que les ressources du pays « sont très limitées ». Faux !, clame l’opposition. « Aujourd’hui ils vont dire que les caisses sont vides. Mais ils ne disent pas pourquoi les caisses sont vides. C’est parce que l’argent public a été détourné pour enrichir le clan de monsieur Alpha Condé. Ils sont tous devenus milliardaires, multimilliardaires en dollars », s’indigne Cellou Dallein Diallo.

Africapresse.com

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