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Koffi Victor, directeur du centre d’accueil pour enfants de Soubré : « Ce centre est la meilleure idée pour sauver plusieurs enfants humiliés et maltraités »

Koffi Victor, inspecteur d’Education spécialisé depuis 18 ans est le directeur du Centre d’accueil de Soubré.

Koffi Victor, inspecteur d’Education spécialisé depuis 18 ans est le directeur du Centre d’accueil de Soubré. Il explique le mécanisme pour la prise en charge des pensionnaires, dans cette interview.

Avant l’ouverture du centre, la Première dame vous a invité à Abidjan, que vous a-t-elle dit ?

Koffi Victor : Elle nous a invité à sa résidence privée et nous a demandé de mettre l’accent sur la réinsertion des enfants parce qu’elle est consciente que le mécanisme au sein du centre permet une prise en charge efficace des enfants. Elle a insisté sur la réinsertion pour que les enfants victimes, au terme de leur séjour, soient dans leur famille avec des alternatives pertinentes ;

En matière de protection des victimes, il se trouve que beaucoup d’actions sont menées, mais le véritable problème c’est l’accueil et la prise en charge des victimes ?

Effectivement, des structures offrent des kits scolaires et des dons pour les enfants, mais, pour les enfants victimes, il n’y a aucune structure en Côte d’Ivoire. Jusqu’ici, avant l’inauguration du centre de Soubré, les enfants étaient référés dans les structures non étatiques, notamment au Bice (Bureau international catholique de l’enfant, ndlr), à Abidjan Plateau où il y a des enfants de la rue, victimes de maltraitance, de violence et non accompagnés…il y avait tout sorte d’enfants.

La Première dame a voulu régler le problème, à travers la Fondation Children Of Africa, en bâtissant ce temple de Soubré. Le projet vise trois centres d’accueil. Il y a Soubré, Bouaké et Ferkessedougou.

Pourquoi, selon vous la Première dame à travers Children of Africa n’a pas gardé ce centre ?

La Fondation children of Africa pouvait garder le centre, mais l’a confié au ministère en charge de la Protection de l’Enfant. Nous avons été recrutés par le ministère en charge de la protection de l’Enfant. Tous les autres sont tous issus du ministère de la Famille, de la Femme et de l’Enfant. Il a permis que des spécialistes appliquent le mécanisme de prise en charge et d’insertion. En tout cas, ce Centre est la meilleure idée pour sauver plusieurs enfants humiliés et maltraités

Donc, c’est la ministre de la Femme qui contrôle et prend les décisions ici ?

Non !Nos autorités ne nous ont pas imposés un mécanisme de fonctionnement. Ceux qui ont été recrutés ici, c’est sur la base de leur expérience ; donc sur la base des standards nationaux et internationaux de prise en charge des enfants dans les établissements de remplacement.

Comment un enfant est-il admis ici ?

Par référencement. Cela permet à une structure qui a accueilli un enfant de le prendre en charge et de prendre en compte un volet sur lequel il est compétent et de référer ou confier l’enfant à une autre structure compétente en vue de la prise en charge holistique.

Pourquoi faut-il un Op (opération de Police) pour un enfant qui arrive au centre ?

Dans le référencement, il faut l’Op (la déclaration de Police). C’est-à-dire qu’il faut déclarer l’enfant à la Police d’abord, parce que si nous prenons l’enfant sans l’autorisation de la Police, nous pouvons tomber sur un enfant enlevé ou égaré. Donc l’Op protège le centre et le référent, c’est-à-dire le centre social ou d’accueil qui l’a envoyé.

Comment se passe exactement le premier jour de l’enfant au centre ?

L’éducateur va mener des actions de mise en confiance en faisant participer l’enfant aux activités sportives et éducatives, pendant un à deux jours. À partir de ce moment, il est en confiance.

Le service pris en charge travaille avec l’éducateur, parce qu’après avoir fait l’inventaire des effets vestimentaires de l’enfants, on lui donne un kit complet où il tout (kit sanitaire, sandales, ce qu’il faut, ) y compris un maillot, parce que les enfants aiment beaucoup les maillots.

Pourquoi attendre 48 heures pour faire une nouvelle enquête ?

L’enfant qui est en confiance, va donner les informations sur lui et sur son employeur. Au niveau de l’employeur, nous allons prendre l’information sur le monsieur et sa femme, leur activité, le type d’activité que mène l’enfant, la vulnérabilité vécue, son état de santé, ses totems, parce qu’il va participer aux activités avec les autres enfants, il va se restaurer. Il faut que nous sachions son totem au niveau alimentaire. La fiche (de renseignement) va plus loin en demandant des informations sur l’enfant : père, mère, le nombre de frères, parce qu’au terme d’écoute initiale, cette fiche va service au dernier service, c’est-à-dire recherche familiale et rééducation suivi-évaluation

Faut-il accorder totalement du crédit à ce que l’enfant dit dans les enquêtes ?

Nous n’accordons pas de crédit à 100% à ce que l’enfant dit, parce que ce sont les premiers instants de son arrivée. Les informations que nous recueillons auprès de l’enfant et chez le référent, vont permettre de faire l’enquête sociale. Avec une nouvelle fiche. Il s’agit maintenant de trouver la localité où l’enfant a été trouvé, de trouver la famille où l’enfant était censé travailler. Et procéder ainsi à l’enquête sociale. Nous allons nous rendre dans la famille pour savoir ce qu’il faisait là-bas.

S’il s’agit des propres parents qui sont les bourreaux, que faites-vous ?

ça peut-être son employeurs, tuteurs, bref, l’intermédiaire ; s’il se trouve que ce sont ses parents biologiques, c’est plutôt la recherche familiale. En général, cela peut être des enfants qui ont fait des fugues, ou nous nous rendons compte que l’enfant dit qu’il était chez son papa et puis il a fui. ce n’est pas un employeur ou un intermédiaire, il a simplement fui.

Quel est votre réaction quand un enfant arrive ici avec de l’argent ou des objets de valeur ?

Souvent des enfants arrivent avec de l’argent ou des objets précieux sur eux, alors qu’ils ont tous des placards individuels mais se trouvant ensemble ; Ici, tout est gratuit, il n’a rien à acheter, il n’y a pas de raison qu’il garde de l’argent sur lui. Au niveau des 13 ans 14 ans qui menaient des activités génératrices de revenus, nous conservons soit l’argent ou l’objet précieux. Mieux, nous l’archivons en y mentionnant son nom et toutes les informations nécessaires. Cet argent ou l’objet lui sera restitué quand il quittera le centre ou en cas de besoin très rare. Car en général, nous arrivons à satisfaire les besoins de l’enfant. Même quand il a un besoin particulier et que nous trouvons cela pertinent, nous satisfaisons cela. Dans notre centre ici, point besoin qu’un enfant ait besoin d’argent sur lui.

Comment faites-vous pour un enfant qui ne sait ni lire ni écrire ?

L’enfant qui arrive qui ne sait ni lire et écrire, doit faire obligatoirement l’alphabétisation ; en plus du préapprentissage. Celui qui sait lire et écrire qui a été déscolarisé fait obligatoirement le renforcement scolaire. Il faut rehausser le niveau de l’enfant pour qu’il puisse apprendre un bon métier.

S’il est analphabète, nous ne tombons pas sur lui pour la coiffure ou la couture. Quand il apprend, il sait lire et écrire un peu, il peut aller à l’apprentissage. Il sera identifié et il y aura une prise en main , parce que dans le centre, le dispositif est différent de ce qu’il a vécu : il dormait pas sur un lit-il dormait sur natte, maintenant il dort sur un lit avec des bras des couvertures, , il va utiliser des robinets, des lavabo, au restaurant, il va utiliser des verres cassables, il doit se tenir à table, il ne mangeait pas avec cuillère et assiette, il doit le faire maintenant. Au restaurant, il y a un règlement intérieur, lorsqu’on mange, on ne parle pas. Il sera en salle télé. Lorsqu’on regarde la télé, c’est le silence.

En plus de l’Op, il faut une ordonnance de placement provisoire très couteuse pour chaque enfant. Qui paie pour les enfants ici ?

L’ordonnance de placement provisoire est écrite pas le juge de tutelle. Pour l’obtenir, nous avons bataillé. Elle est payante passe en audience. Or, chez nous, ce ne sont pas des délits. Nous avons longuement échangé pour ne pas passer à l’audience comme il le faut. Et nous l’obtenons gratuitement, il suffit pour nous de faire un rapport sur la situation de l’enfant, en donnant les informations basiques. L’Opp est délivré pour trois mois renouvelable une seule fois. Cela veut dire que, la durée de l’enfant dans ce centre est d’un jour à six mois.

Nous ne gardons pas d’enfant scolarisé dans notre centre ici. Sinon, il va perdre son année scolaire. Il est important que les uns et les autres sachent que tous les enfants qui sont accueillis sont des enfants non scolarisés.

Comment avez-vous géré le cas des jeunes filles nigérianes découvertes à Noé et qui sont ici ?

Pour les jeunes filles nigérianes, nous avons balancé l’outil de référencement au centre de Noé qui a identifié tous les enfants. Avant qu’elles n’arrivent ici, nous sommes allées les identifier. Nous les avons écoutés. S’il doit avoir recherché parental, ce sont nos collègues de l’autre côté qui doivent s’en charger.

Le service médical ne fonctionne pas à plein temps. À quoi cela est dû ?

Nous avons un service médical qui n’est pas pourvu. C’est pourquoi, nous avons eu des rencontres. Il faut surtout noter que le centre est géré par un comité de gestion, composé de la Première dame, la Fondation Children of Africa, des représentants des ministères concernés, de la mairie de Soubré, du Conseil régional de la Nawa pour que nous trouvions des experts.

En tout état de cause, les enfants sont suivis médicalement ici, le mécanisme que nous avons proposé, le premier jour de l’enfant ici, il y a une visite médicale ; il un bilan de santé de l’enfant par l’infirmier avant qu’il ne se frotte aux autres enfants

Il y a une permanence 24h sur 24. Quand l’enfant est malade, c’est vrai, nous avons des médicaments de premières nécessités, mais dès le lendemain, nous transférons à l’hôpital. Pour une population de cinquante (50) enfants, le service médical est très important pour nous.

Que sont devenus les premiers pensionnaires ?

Les premiers pensionnaires ont été libérés au fur et à mesure. Il y a plus de vingt (20) enfants qui ont été déjà réinsérés un peu partout en Côte d’Ivoire, notamment, à Méagui, à M’Bahiakro, à Abidjan.

Source : Rumeurs d’Abidjan.net

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