Côte d'Ivoire : détenu à La Haye, Laurent Gbagbo rêve de recouvrer la liberté

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Les avocats de l’ancien président de la Côte d’Ivoire détenu à La Haye, Laurent Gbagbo, vont demander lundi à la Cour pénale internationale un non-lieu en faveur de leur client.

Après sept années de détention à Scheveningen et plus de deux ans de procès devant la Cour pénale internationale, Laurent Gbagbo pourrait-il bientôt recouvrer la liberté? Alors que les audiences reprennent lundi à La Haye, ses proches y croient dur comme fer. « Le plus plausible désormais, c’est qu’il bénéficie d’un non-lieu », explique l’universitaire français Albert Bourgi, ami de longue date de l’ex-président ivoirien. « Lundi, c’est le début de la fin de ce procès. Il sera libre au plus tard à la mi-décembre », ajoute Bernard Houdin, son ancien conseiller.

A plusieurs reprises ces dernières années, ses soutiens ont réclamé sa relaxe. En vain. Cette fois, ils affirment avoir davantage de raisons d’espérer. Ce 1er octobre constitue effectivement une date importante dans le procès de l’ancien dirigeant africain, accusé de quatre chefs de crimes contre l’humanité. Il est tenu pour responsable de la crise qui a suivi les élections de 2010 et au cours de laquelle 3.000 personnes ont trouvé la mort. A la demande de ses avocats, les juges vont se pencher sur les éléments présentés par le procureur qui, depuis deux ans, a appelé 82 témoins à la barre et versé au dossier produit des milliers de pages de documents et des centaines d’heures de vidéo. « Sauf que nous avons fait la ­démonstration que ces éléments ne permettaient d’étayer ses allégations », affirme Emmanuel Altit, l’avocat de Laurent Gbagbo. Le gouvernement ivoirien ne voit dans la démarche de la défense qu’une « tactique d’audience » et qualifie d' »extravagante » la demande de non-lieu.

L’audience sera retransmise sur un écran géant dans un quartier d’Abidjan

Au terme de ces débats programmés pour cinq jours, les juges pourraient conclure à un « no case to answer », autrement dit à un désaveu du procureur qui déboucherait sur un non-lieu et un arrêt du procès. Pour autant, Laurent Gbagbo serait encore loin de la sortie. Déjà parce que « la décision des juges pourrait prendre des semaines voire des mois », comme l’explique le porte-parole de la CPI, Fadi El Abdallah. « Ils pourraient aussi abandonner certaines charges mais en conserver d’autres », poursuit ce dernier. Le procureur a en outre la possibilité de faire appel.

Toute la Côte d’Ivoire l’attend

Mais pour Emmanuel Altit, le seul fait que le cas de l’accusation soit examiné est une première victoire : « Nous avons fragilisé la position du procureur et pris le dessus dans ce procès. » Dans le camp Gbagbo souffle un même vent d’optimisme. Lundi, l’audience sera ainsi retransmise sur un écran géant dans un quartier d’Abidjan qui est un fief de l’ancien président et de Charles Blé Goudé, l’autre accusé ivoirien du dossier. Pour leurs soutiens, le climat qui entoure le procès serait aujourd’hui favorable. Est notamment mise en avant la fébrilité actuelle de la CPI, juridiction dont l’existence est remise en question par plusieurs pays africains ainsi que par Donald Trump, qui cette semaine a estimé qu’elle n’avait « aucune légitimité et aucune ­autorité ». « Les juges savent que les regards sont braqués sur eux en ce moment et cela va jouer », explique un proche de Gbagbo. L’acquittement en juin par cette même CPI du Congolais Jean-Pierre Bemba est aussi considéré comme un signe encourageant.

Enfin, le contexte en Côte d’Ivoire a changé. Début août, Alassane Ouattara, le président ivoirien, a amnistié 800 prisonniers dont l’épouse de son prédécesseur, Simone Gbagbo, qui était incarcérée depuis sept ans. « Cette décrispation au pays peut avoir une influence sur la décision des juges », estime l’activiste pro-Gbagbo Abel Naki. Ce que dément formellement Fadi El Abdallah : « La CPI n’est pas une institution politique mais judiciaire. Seul le droit prime. »

Reste à savoir, dans l’hypothèse d’une libération, quelles seront les intentions de Laurent Gbagbo. Souhaite-t‑il, à 73 ans, revenir dans le jeu politique ivoirien? Certains le voient plutôt s’installer à Bruxelles où vit sa deuxième épouse, Nady Bamba. « Il pourrait devenir un sage de la vie politique », commente Abel Naki. Mais pour Albert Bourgi, qui l’a visité ce mois-ci, le retour au pays serait une évidence : « Toute la Côte d’Ivoire l’attend », assure-t‑il. Même sentiment du côté de Bernard Houdin : « Bien sûr qu’il va revenir. Pas par désir de revanche, mais simplement parce qu’il a la politique dans le sang. »

Lejdd

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