Crimes rituels: de graves révélations sur les banques de sang

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Donné pour sauver des vies humaines, le sang des Béninois a servi à nourrir des fétiches dans des rituels d’arnaqueurs. Nouvelle révélation de Médard Koudebi. et qui font qu’il est sous surveillance avec des gardes rapprochés, dans une nouvelle interview accordée à Banouto ce dimanche 25 mars, le spécialiste de l’hygiène funéraire, président de l’ONG Bénin Diaspora assistance et consultant en santé publique livre tout. Lisez plutôt ! Mais âme sensible, prière s’abstenir.

Médard Koudebi, les sacrifices humains généralement appelés crimes rituels défraient au Bénin. Etant un acteur clé de l’assainissement du secteur des pompes funèbres dans le pays, qu’avez-vous à dire sur cette sombre actualité ?

Ce qui passe aujourd’hui comme crime rituel a toujours été. Les jeunes qui s’adonnent à ces rituels sont autant victimes comme nous tous. Avant, les testicules, les pénis, les langues d’être humain étaient achetés dans les morgues. Les vendeurs les découpaient, ils collaient les lèvres et refermaient la bouche. Quand les seins sont découpés, ils mettent du chiffon dans les poitrines. Pour que les parents du défunt ne se rendent compte de rien, l’habillement est souvent fait très tôt à 5h du matin avant le retrait à 7h ou 8h. Quand tout est déjà fin prêt, avec les pleurs, les parents ne se doutent de rien. Cela a conduit plusieurs agents des morgues en prison. Parmi eux, certains viennent de sortir. Je ne donne pas leurs noms parce qu’après avoir été puni pour un fait, on a aussi droit à une vie privée. Puisqu’ils ont été punis en faisant la prison, comprenez que je ne puisse pas révéler leur identité.

Vous parlez là d’organes arrachés à des morts, mais vous n’êtes pas sans savoir que ce qui fait couler beaucoup d’encre et de salive, ce sont les gens qu’on tue pour se servir de leurs sangs dans les rituels.

Je vous dis que ça se faisait toujours. Quand tu es hospitalisé et qu’on te prescrit le sang, il y a un forfait de cinq mille francs CFA (5000 F CFA) qu’il faut payer pour avoir une poche.

Quand l’arnaqueur vient pour acheter du sang, il paye cinquante mille (50.000 F CFA) et l’agent hospitalier a quarante-cinq mille francs (45.000 F CFA) pour sa poche. Du coup, ils ont toujours préféré vendre aux arnaqueurs et aux féticheurs plutôt qu’aux malades.

Ce qui fait que les vrais malades hospitalisés, quand ils vont dans les banques de sang, on leur dit souvent  » houn dé a » (Ndlr : « il n’y a pas de sang » en langue fon) jusqu’à ce que les gens ne meurent s’ils ne trouvent personne pour donner. Pendant qu’on renvoie les malades, on vend la poche de sang dix fois plus cher à un arnaqueur parce qu’on peut soi-même empocher neuf fois le forfait normal à payer.

Si les arnaqueurs pouvaient acheter facilement du sang dans les banques, comment expliquez-vous alors la résurgence de crimes rituels qui fait réagir plus d’un ?

Puisqu’on a dénoncé en juillet-août 2017 les pratiques de la mafia mortuaire à travers plusieurs médias dont Banouto, le ministère de l’Intérieur a envoyé des équipes sur le terrain et les promoteurs de morgues se sont retrouvés sous pression. Ceux-ci ont mis la pression sur leurs salariés qui n’ont plus la possibilité de vendre des organes, les jus de cadavres. Pendant ce temps, aux niveaux des hôpitaux, la commission de réforme de santé en cours a redoublé de vigilance de telle manière que quand tu dois acheter du sang maintenant, le médecin qui prescrit l’ordonnance doit mettre ses coordonnées, celles du bénéficiaire et du service où il est afin qu’on ait la possibilité de procéder à des vérifications.

Est-ce à dire que ce qui se passe est la conséquence de… ?

(Spontanément avant qu’on ne termine la question). C’est la conséquence des réformes en cours. C’est la conséquence des réformes dans les morgues. C’est la conséquence des réformes dans les hôpitaux où on ne peut plus vendre le sang pour aller alimenter le fétiche. Ces réformes qui prescrivent que le sang donné doit aller prioritairement aux malades.

J’insiste :
C’est la rupture d’approvisionnement dans les banques de sang, la rupture d’approvisionnement des organes dans les morgues, rupture d’approvisionnement de la profanation des tombes, pour avoir les cranes et autres qui ont conduit les jeunes eux-mêmes à s’adonner à des abattements tout comme si l’homme était un animal.

Les arnaqueurs ne trouvent plus du sang alors que les féticheurs leurs prennent beaucoup de sous pour faire la magie devant pousser leurs cibles à envoyer l’argent. Quand ça ne marche pas, ils retournent vers le féticheur qui leur demande de chercher sinon rien n’est possible. Ça tape sur le cerveau des arnaqueurs prêts à tout, pensant au seul élément manquant à leurs rituels.

M. Koudebi, vous dîtes sans coup férir que les banques de sang en vendent aux arnaqueurs pour aller nourrir les fétiches. Savez-vous que ces faits que vous dénoncez sont assez graves et que vous pourriez être appelé à en répondre ?

Pour en arriver là, il y a deux ou trois ans, quand tu passes derrière l’aéroport, tu vois des jeunes à la plage jusqu’à six heures du matin avec des motos ou de gros véhicules. Quand ils finissent leurs rituels et quittent, lorsque vous vous rendez à la mer vers là où ils sont restés, vous trouvez en vrac dans le sable des poches dans lesquelles les hôpitaux mettent ce qu’ils vendent.

Nous avons eu plusieurs poches de sang vides qu’on a photographiées. La commission de réforme de santé avait même fait une enquête et on a fait la restitution à Paris le 02 septembre 2017. Le vice-président de cette commission, Aristide Talon avait expliqué qu’il a eu l’information comme tout le monde. Et aujourd’hui pour sauver les Béninois, la réforme de santé est en train de tout faire pour que désormais le sang donné des Béninois ne se retrouve plus sur les fétiches mais que ça serve réellement à sauver des vies. Il y a les documents de la restitution de cette commission qui s’est rendue compte qu’effectivement cette affaire là est une réalité : Nous sommes que des victimes.

Donneurs, malades et pratiquement toute la population ont été tous victimes de ce que nous dénonçons aujourd’hui.

Maintenant, on espère que cette situation va changer dans les jours à venir pour que nos sangs ne finissent sur l’autel des fétiches.

Donc il n’y a pas de doute sur ces affirmations que vous faites ?

Il n’y a pas de doute ! Ça se passait et tout le monde sait. Ils préféraient aller acheter se disant « E gnin mèdéton an ! Un hou-gbèto a ! » (Ndlr :  » ce n’est à personne ! je n’ai tué personne ! » en langue fon).

Je dois aussi rappeler que ce n’est pas la première fois que les gens nous assignent en justice quand on fait des révélations. J’ai été assigné, on me demandait 250 millions mais lorsque je me suis présenté l’assignataire a disparu parce qu’on avait apporté les preuves.

Vous êtes donc prêt pour rendre publiques ces images sur des poches de sang vides ayant servi à des rituels?

Bien sûr. On avait eu au niveau de la plage de Fidjrossè des poches de sang. A préciser que ça c’était il y a deux ans.

Si les arnaqueurs achètent du sang dans les banques, c’est qu’il se trouve des agents qui leur en vendent. A-t-on pu arrêter ces agents vendeurs de sang humains ?

A ce jour (Ndlr : dimanche 25 mars 2018), je ne pourrai pas donner d’affirmation. Je sais qu’il y a une réforme qui est en cours et qui suscite leur mécontentement parce qu’ils ont des manques à gagner. Je sais qu’au niveau des morgues et des cimetières, profanateurs de tombes, il y a eu des arrestations.

Avec ces révélations, avez-vous quelque chose à dire aux donneurs de sang qui pourraient décider de ne plus en donner ?

Je remercie énormément la commission de réforme de la santé d’avoir pris très au sérieux l’information selon laquelle des poches de sang se vendent aux arnaqueurs et aux féticheurs au détriment des malades.

La commission a déjà préconisé un système pour sécuriser les donneurs. J’invite alors les donneurs à se mobiliser massivement pour donner du sang pour sauver des vies. Ils n’ont plus à avoir peur que leurs sangs se retrouvent sur un fétiche ni quelque part. Il n’y en aura plus. Désormais, leurs sangs iront directement aux malades et non plus dans les calebasses de fétiches.

La police républicaine aussi est en train de faire son travail. Ils traquent les criminels un peu partout. J’invite aussi toute la population béninoise à ne pas céder à la peur.

CamerounWeb.com

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