Ce que disent les statistiques sur les femmes du Maroc (et ce qu'elles taisent)

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Le Maroc s’est livré à une large étude statistique sur sa population et a détaillé la situation de la femme sur plusieurs périodes. La population féminine a bénéficié de plusieurs avancées notables, mais toutes ne sont pas forcément concernées. Les femmes des champs sont nettement moins bien loties que leurs consœurs des villes, les premières ayant du mal à tirer leur épingle du jeu.

Le Maroc a une population de 35,2 millions d’habitants.

En se penchant sur l’étude statistique menée par le Haut commissariat au plan marocain, il est possible de faire apparaître un portrait robot de la femme marocaine. Ou plus précisément les profils assez distincts de la femme marocaine urbaine et de sa consœur rurale. Si leur situation a objectivement évolué, force est de constater que la Marocaine des villes tire mieux son épingle du jeu à maints égards par rapport à son alter ego des champs.

Si deux fillettes naissent le même jour (l’une en ville, appelons-la Anissa, l’autre à la campagne, nous la prénommerons Jamila), la vie de l’une n’aura que peu de rapport avec celle de l’autre.
Les conditions de vie n’étant pas les mêmes, les bénéfices des progrès de la médecine pas équitablement répartis sur le territoire, les mentalités pas forcément au diapason. 

Espérance de vie
Dès leur naissance, elles n’ont pas les mêmes perspectives de vie, puisque la petite citadine peut espérer vivre 6 ans de plus que l’autre nouveau-né de milieu rural. Pourtant par rapport à 1987, leurs perspectives ont nettement progressé, la petite fille urbaine a gagné 8,1 ans quand la petite campagnarde a, elle, vu son espérance de vie progresser de 10,7 ans.

Décès maternel
Le premier écueil, immédiatement après leur naissance, auquel elles vont plus échapper que les bébés qui les ont précédées, est l’éventuel décès de la femme qui les a mises au monde. Il y a encore 73 femmes qui décèdent (pour 100.000 naissances) en ville, quand ce sont 148 mères rurales qui vont mourir. Pour tragique que ce soit, là encore on constate un net progrès par rapport à la décennie précédente, où 186 femmes urbaines et 267 femmes rurales ne survivaient pas à la mise au monde de leur enfant. A titre de comparaison, ce taux était de 10,3 pour 100.000 en France en 2013.

Etudes
Nos fillettes ont gardé leur maman et sont désormais en âge d’être scolarisées. Toutes les deux iront à l’école de 6 à 11 ans. Anissa continuera d’y aller jusqu’à 14 ans, comme la plupart des jeunes filles des villes. En revanche, Jamila arrêtera peut-être d’y aller puisqu’elles ne sont plus que 60,1% à fréquenter l’école à 14 ans. De 15 à 17 ans restent 83,2% des filles citadines à être toujours scolarisées, mais seuls 21,9% des rurales vont encore en cours au même âge.

Les raisons de ces arrêts sont multiples: aider les parents en travaillant, une école située trop loin ou un mariage. Mais, même si elle paraît encore faible, la proportion des jeunes filles scolarisées a notablement augmenté par rapport au début des années 2000 où elles n’étaient que 27% des rurales de 12 à 14 ans à fréquenter un établissement scolaire et elles n’étaient plus que 6,1% des 15-17 ans à être scolarisées en zone rurale (pour 14,7% des garçons du même âge à la même époque).

Ce que disent les statistiques sur les femmes du Maroc (et ce qu'elles taisent)
Fillette travaillant à la fabrication de tapis © AMANTINI-ANA

Mariage
Anissa et Jamila ont maintenant 17, 18 ans. Alors qu’elles ont probablement arrêté leurs études ou sont en passe de le faire, il est temps de songer au mariage. La statistique concernant le mariage prend plus de relief si on met les chiffres des filles en regard de ceux des garçons. En effet, on constate que 99,9 des garçons citadins de 15 à 19 ans sont célibataires, quand on ne compte que 93,4% des filles de la même classe d’âge. A la campagne, l’écart entre filles et garçons célibataires se creuse passant de 6 à 11,8% de différence (99,7 contre 87,9).

Le phénomène s’accentue chez les 20-24 ans. A 24 ans, les garçons se font toujours tirer l’oreille sur le mariage. Si le fait de vivre à la campagne ne change pas grand-chose sur leur célibat (95,8%-ville et 89,9%-campagne), dans le même temps les jeunes filles ne sont plus que la moitié (53,9%) à y être toujours célibataires. En revanche, le taux de célibataires est significativement plus important en ville avec 67,6% des jeunes filles de 24 ans toujours célibataires. Ces dernières ont moins quitté l’école. Cet écart entre hommes et femmes s’explique par le fait que visiblement, à 24 ans, 34,7% des jeunes citadines et 47,8% des jeunes rurales n’ont pas épousé un homme de leur classe d’âge, mais forcément (vu que l’étude commence à 15 ans), un homme plus vieux qu’elles… 

Emploi
Il y a même une probabilité que Jamila ait épousé un membre de sa famille (cousin germain ou autre), comme 22,6% des jeunes filles de la campagne. Et où qu’elles vivent, les deux jeunes femmes ont 10% de risques de divorcer. Là où les choses se compliquent, c’est que si elles sont divorcées, Anissa aura seulement 7,4% et Jamila de 9,9% de chances de se remarier. Autrement dit, pour 100 femmes divorcées, près de 90 d’entre elles ne se remarieront pas. Est-ce un refus, la crise aidant, des hommes de prendre en charge les enfants d’un autre? Les femmes arrivent-elles à mieux subvenir à leurs besoins et, dans ce cas, sont-elles moins «obligées» de se remarier? Les chiffres ne le disent pas.

Pour finir, Anissa et Jamila vont travailler, que ce soit pour contribuer aux revenus du foyer ou à leurs propres besoins, si elles sont divorcées. Et le marché de l’emploi marocain étant assez compliqué, on observe que 1% des femmes qui ont un diplôme supérieur ont un travail en zone rurale quand elles sont 38,8% à la ville. 

Clap de fin
A la fin de leur vie professionnelle, Anissa et Jamila ne seront toujours pas logées à la même enseigne. En effet, alors que les femmes citadines de plus de 60 ans ne sont plus que 3,2% à encore travailler, elles sont 27,5% toujours en activité en zone rurale.

Alors que Jamila se sera éteinte à 74 ans, Anissa, elle, soufflera probablement ses 80 bougies.

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