Avortement clandestin : Les larmes intarissables de Clémentine depuis le décès de sa fille de 17 ans

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L’histoire tragique vécue par cette veuve, la soixantaine révolue, se déroule en 2015 dans un quartier populaire de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.

A seulement 15 ans, Christelle, la fille de « maman » Clémentine, tombe enceinte. Elle est obligée d’arrêter l’école pour s’occuper de la grossesse et, plus tard, du bébé. La famille du garçon-adolescent-, auteur de la grossesse, décline toute responsabilité.

Avec sa petite débrouillardise, Clémentine doit se démener seule, pour prendre soin de sa fille et sa petite-fille. Mais deux ans après, Christelle retombe enceinte. La « gaffe » est de trop pour la jeune adolescente. Elle est convaincue par son entourage d’interrompre la grossesse. A l’insu de sa mère, elle utilise des produits traditionnels.  Il s’en est suivi des complications. Les médecins des centres de santé de proximité se méfient de la prendre en charge, craignant des ennuis judiciaires. La loi pénalise toute forme d’avortement au pays. C’est aux urgences de l’Hôpital général de Kinshasa que Christelle décède. Trois ans après, Clémentine a du mal à s’en remettre. Ses larmes sont intarissables à chaque fois qu’elle pense à ce jour le plus long de sa vie. Elle reste profondément convaincue que si l’avortement était dépénalisé au pays, sa fille serait toujours vivante.

« Autorités congolaises, s’il vous plait, autorisez l’avortement pour sauver des vies de nos enfants », supplie-t-elle, en sanglotant. Au moment de son témoignage, Clémentine ignore encore que, depuis le 19 avril 2018, le recours à avortement est appliqué en RDC lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus ou en cas d’agression sexuelle, de viol ou d’inceste. Cette date marque la publication dans le Journal Officiel de la circulaire du président de la Cour constitutionnelle demandant aux chefs de juridictions et offices des parquets de procéder immédiatement à l’application de l’article 14, alinéa 2, point C du Protocole de Maputo ratifié par la RDC depuis 2016. Cette disposition à laquelle plusieurs pays africains ont souscrit mentionne ces six exceptions pour autoriser l’avortement thérapeutique.

Chiffres alarmants

L’avortement clandestin est la deuxième cause de mortalité maternelle en RDC, selon l’Enquête démographique et de santé (EDS) 2013-2014. Le taux global de mortalité maternelle au pays, l’un des plus élevés au monde, est de 846 décès sur 100 000 naissances vivantes. Une étude de Guttmacher Institute indique que la majeure partie d’avortements en RDC est non sécurisée, donc réalisée en clandestinité et sans respect des normes de l’OMS. Pour la seule ville de Kinshasa, cette étude estime à 146 700, le nombre d’avortements en 2016. Ce qui représente un taux de 56 pour 1 000 femmes en âge de procréer (15-49 ans). Ce taux est le plus élevé en Afrique centrale dont la moyenne est de 35 pour 1 000 femmes. La même année, 37 900 femmes ont obtenu un traitement dans un établissement de santé de Kinshasa pour des complications en lien avec l’avortement, selon Guttmacher Institute. Selon l’OMS, un avortement médicalisé dans un milieu approprié est même plus sûr qu’un accouchement.

 Photo d’illustration

Source: digitalcongo.net

AfriqueFemme.com

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