Acquittement pour les présumés assassins, réclusion criminelle à perpétuité pour le complice : le verdict qui fait débat en Guinée

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C’est l’épilogue (sous réserve des éventuels appels) d’une affaire qui a tenu en haleine la Guinée pendant deux ans. En février 2016, Mohamed Koula Diallo, un jeune journaliste, était tué alors qu’il couvrait une rencontre au siège du plus important parti d’opposition de Guinée, l’ Union des forces démocratique de Guinée (UFDG).

 

Le tribunal de Dixin, à Conakry, a livré son verdict, mardi 9 janvier. Les présumés assassins, à savoir Algassimou Keita et Amadou Sow, membres de la garde rapprochée de l’opposant Cellou Dalein Diallo, ont été acquittés. En revanche, le juge a eu la main lourde pour le présumé complice, le Directeur de communication de l’UFDG, Souleymane Thianguel Bah : il a été condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité assorti d’un mandat d’arrêt. Il lui est reproché d’avoir, le jour du drame, dissuadé  les journalistes de filmer la bagarre qui avait eu lieu entre les militants du même parti, les uns favorables au président Cellou Dalein Diallo, les autres au vice-président exclu Bah Oury qui voulait forcer la porte pour assister à la réunion.

Les sieurs Alphadjo Barry et Amadou Saidou Barry, eux aussi en fuite, ont écopé de 2 ans de prison et une d’une amande d’un million GNF.

Tout comme les faits il y a deux ans, le verdict n’est pas exempt de commentaires, notamment sur les réseaux sociaux. Et de suspicions. 

L’opinion a du mal à comprendre qu’un présumé complice prenne la pepet’ là où les présumés assassins sont eux acquittés. D’autant plus que le procureur avait requis l’acquittement sur la base que les faits d’assassinat, de tentative d’assassinat, coups et blessures volontaires et complicité n’étaient pas fondés. Mais a priori, la justice a été rendue en fonction de la présence à la barre ou non des prévenus. Puisque seuls les absents ont été sanctionnés.

« Justice injuste », « justice de la honte », « complot », « justice paradoxale »…les internautes rivalisent en tout cad d’expressions pour commenter le verdict.

Tout comme la page Facebook et la messagerie de Souleymane Thiaguel Bah, contre qui un mandat d’arrêt a été lancé, sont inondés de messages de soutien et d’encouragements.

« Quel coup de théâtre ! « 

Son parti, l’UFDG a réagi mercredi à travers un communiqué.

« La libération et l’acquittement de Mr Algassimou Keita et de Mr Amadou Sow prouve à suffisance que la culpabilité des prévenus n’a pas été établie. Quel coup de théâtre ! », souligne le parti de Cellou Dalein Diallo. Qui déplore aussi la condamnation de Souleymane Thianguel, en désapprouvant « ce jugement orienté de la justice Guinéenne. »

Pour l’UFDG, « la justice Guinéenne apparaît donc comme un instrument parmi tant d’autres, mis à la disposition du gouvernement avec pour vocation spécifique le démantèlement de l’opposition et de tout potentiel contre-pouvoir. Elle est utilisée de manière efficace seulement quand elle s’attaque aux adversaires du pouvoir en général, et aux responsables et militants de l’UFDG en particulier. »

Le principal parti de l’opposition guinéenne a aussi exhorté les instances judiciaires guinéennes de « se saisir expressément du dossier pour l’annulation du verdict. »

Thierno DIALLO, Afrique Connection

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